Sweelinck’s Weblog

août 13, 2010

La Geste Noise : Et la Machine fut !

Et cela changea radicalement l’environnement sonore des hommes, leur permettant d’accélérer le rythme de leur vie. Le vrombissement d’un moteur acquit un charme indéniable aux oreilles des nouveaux esthètes.

En février 1909, Filipo Tomasso Marinetti fit paraître son manifeste du Futurisme concernant la littérature et la poésie. Deux ans plus tard, Francesco Balilla Pratella s’adressait aux compositeurs pour présenter les lignes de force de ce courant dans son Manifeste des musiciens futuristes.

Le 9 mars 1913, le peintre et compositeur Luigi Russolo (1887-1947) publie le manifeste L’Arte dei Rumori (L’Art des Bruits), qui pose les bases conceptuelles du bruitisme. Russolo y soutient l’idée que l’oreille humaine s’est familiarisée avec la vitesse, l’énergie et le bruit de l’environnement sonore urbain et industriel, et que cette nouvelle palette sonore nécessite une approche renouvelée des instruments et de la composition musicale. Les Futuristes italiens ont essayé de fonder une nouvelle construction du musical sur des éléments qui n’étaient pas encore qualifiés d’objets sonores, mais qui comme “bruits” de la vie courante possédaient par nature une fonction dédiée à notre environnement. Russolo tente ensuite d’explorer la variété des sons-bruits et de les ranger dans six grandes familles de bruits : grondements, éclat, bruit d’eau tombante, bruits de plongeon, mugissements ; sifflements, ronflements, renâclements ; murmures, marmonnements, bruissements, grommellements, grognements, glouglous ; stridences, craquements, bourdonnements, cliquetis, piétinements ; bruits de percussions (obtenus en frappant diverses matières: métal, bois, peaux, pierres etc.) ; voix d’hommes et d’animaux (cris, gémissements, rires, sanglots etc.). Russolo affirme que ce sont les bruits les plus fondamentaux, et que tous les autres peuvent s’obtenir à partir de combinaisons de ceux-ci.

Il conçoit un grand nombre d’instruments bruitistes, les intonarumori. Chaque instrument était fait d’une boîte de résonance en bois en forme de parallélépipède avec un pavillon en carton ou en métal. L’interprète tournait une manivelle pour produire un son dont la hauteur était contrôlée au moyen d’un levier placé au sommet de la boîte. Le levier pouvait être déplacé le long d’une échelle de tons, demi-tons et les gradations intermédiaires avec une tessiture dépassant l’octave. A l’intérieur de la boîte se trouvait une roue en bois ou en métal (d’un diamètre variant selon le modèle) qui mettait en vibration une corde en boyau ou en métal. La tension de la corde était modifiée au moyen du levier permettant des glissandos ou des notes spécifiques. A une extrémité de la corde, une membrane transmettait les vibrations à un pavillon. Il existait 27 variétés d’intonarumori dont le nom (Gorgogliator, ronzatore, ululatore, crepitatore) reflètait le son produit: ululement, crépitement, explosion, gazouillis, bourdonnement, sifflement etc. Risveglio di una citta de Russolo donne un aperçu de la diversité de ces sons. Il mit en place un orchestre d’intonarumori pour jouer son Gran Concerto Futuristico (1917) ainsi que Corale/serenata (1921), œuvre de son frère Antonio. Cette composition reçut un accueil très hostile et violent, ainsi que son auteur l’avait prévu. Le premier concert d’un orchestre de bruiteurs eut lieu le 21 avril 1914 à Milan.

Ces recherches influenceront d’autres compositeurs comme Edgar Varèse, Arthur Honegger et les Futuristes russes.

Au nombre de ces derniers, Arseny Avraamov (1886-1944) joue un rôle important dans la vie musicale juste après la Révolution d’Octobre 1917. Il entreprend des recherches sur les micro-intervalles et les gammes non-tempérées, allant même jusqu’à proposer de détruire tous les pianos parce qu’ils gâchent l’oreille des étudiants et des musiciens par leur côté limité (12 sons). Dès les années 1930, il pressent l’invention de la musique synthétisée .  Ayant le désir de laisser au prolétariat son pouvoir de décision, il décide de créer une œuvre monumentale prolétarienne dans laquelle il n’utiliserait que des sons directement issus des usines et des machines. Pour cela, il organise des concerts monumentaux qu’il nomme « Symphonie de sirènes » Il donne ces concerts dans différentes villes pour  fêter l’anniversaire de la Révolution : Nizhny Novgorov (1919), Rostov (1921), Baku (1922) et Moscou (1923). Le concert de Baku (Azerbaijan) est le plus élaboré : des chœurs de centaines de voix, les cornes de brume de la flotte Caspienne, deux batteries d’artillerie, plusieurs régiments d’infanterie, des hydravions, 25 locomotives et leurs sifflets, et toutes les sirènes des usines de la ville. Il invente même des instruments comme la machine à sifflets à vapeur, un ensemble de 20-25 sirènes accordées pour jouer l’Internationale. Il conduit la symphonie depuis une tour construite pour l’occasion, les bras munis de drapeaux de couleurs pour indiquer quel groupe doit jouer et à quel moment. Il n’y a pas de public : tout le monde participe à l’exécution de l’œuvre, uni dans le même élan révolutionnaire. 

A suivre….

janvier 19, 2010

La Geste Noise : son, bruit et musique.

Filed under: Musique — sweelinck @ 1:23
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Au commencement était le ….

Vous avez probablement complété la phrase.

Quel est le terme que vous avez hoisi ?

Je pense pouvoir affirmer que ce n’est pas celui que j’ai choisi : « son »

Oui, au commencement est le son, cette onde se transmettant dans un milieu élastique, l’air par exemple, et mettant en vibration les corps aptes à vibrer, le tympan dans l’oreille interne ou une simple corde tendue. Ce phénomène dans le sens premier du terme, se perçoit par un dispositif adéquat, l’oreille. Restons- en là, à ce stade, je n’envisage que la sensation auditive en tant que ressenti.

Entendre, cela commence ainsi. Ce n’est qu’ensuite que le cortex humain (sans parler des animaux) donne au son une signification. Nous quittons la phase de ressenti pour entrer dans la phase de réfléchi et c’est ici qu’entre en jeux nos catégories, du moins si nous n’y prêtons pas garde.

Ouh, le méchant bruit !

Il a bien mauvaise presse, le bruit. Souvent décrit comme un phénomène acoustique produisant une sensation auditive considérée comme gênante et désagréable, le bruit en arrive à se dissimuler derrière d’autres appellations : bourdonnement, brouhaha, bruissement, chuintement, clapotis, claquement, cliquetis, craquement, crépitement, cri, crissement, déflagration, détonation, éclatement, explosion, fracas, friture, froissement, frôlement, gargouillement, gazouillement, gémissement, grésillement, grincement, grognement, grondement, hurlement, murmure, pétarade, pétillement, râlement, ramage, ronflement, ronron, roulement, rumeur, sifflement, stridulation, tintement, ululement, vagissement, vocifération, vrombissement, j’en passe et des meilleurs.

Nous sommes, vous l’avez compris, dans une représentation binaire : bien – mal.

« Le bruit ce n’est pas de la musique » ou l’inverse « ce n’est pas de la musique, c’est du bruit »

Peut-on faire de la musique avec du bruit ? Réponse : oui.

Faire de la musique, c’est l’art d’organiser une durée avec des éléments sonores, de combiner les sons selon des règles variant selon les lieux et les époques.

J’aimerais au fil de ces pages, vous faire redécouvrir ce phénomène acoustique sous un autre jour, son meilleur jour.

Commençons donc par le commencement, écoutons ce qui est considéré comme du bruit.

A vous de jouer à identifier ces simples bruits
Bruit extérieur 1 by sweelinck

Bruit extérieur 5 by sweelinck

Bruit extérieur 4 by sweelinck

Vous les avez reconnus ?

Ecouter, cela s’apprend et se perfectionne, il « suffit » d’appréhender le son pour lui- même.

Maintenant, raffinons cette écoute : y a-t-il un mouvement dans la séquence sonore ? Y a-t-il plusieurs sources sonores ? Dans quel ordre chronologique apparaissent-elles ?
Bruit extérieur 3 by sweelinck
Bruit extérieur 2 by sweelinck

Ecoutez les bruits autour de vous. Dans la rue, en attendant le tram, le métro.

Ecoutez les bruits à l’intérieur de vous, le coeur, l’intestin, le bruit mental.

Essayez de faire silence en vous.

Ecoutez le silence. Qu’entendez-vous ?

A suivre.

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