Miss Ellen, versez-moi le Thé
Dans la belle tasse chinoise,
Où des poissons d’or cherchent noise
Au monstre rose épouvanté.
J’aime la folle cruauté
Des chimères qu’on apprivoise:
Miss Ellen, versez-moi le Thé
Dans la belle tasse chinoise.
Là sous un ciel rouge irrité,
Une dame fière et sournoise
Montre en ses longs yeux de turquoise
L’extase et la naïveté:
Miss Ellen, versez-moi le Thé.
Le Thé – Théodore de Banville -
Ce poème dont j’aime la volupté décadente, me servira de métaphore pour vous initier à ma façon de concevoir ce blog.
Sans avoir l’air d’y toucher, en gardant une allure digne, résultat de ma bonne naissance et de ma bonne éducation, les deux allant de paire, je me propose de vous révéler ce qui ne peut être dit entre gens de bonne compagnie.
L’interlocutrice de cette Miss Ellen, garante du bon goût, du bon ton, du bon aloi, ce rempart qui protège de l’erreur qui fait basculer dans le “populaire” , sera mon ambassadrice.
La “musique classique”, autrefois nommée “La Grande Musique” par ceux qui croyaient ne pas y avoir accès, n’est pas nécessairement une appellation concrète désignant un style musical précis lié à une époque bien délimitée.
Non, cette locution prononcée avec un art consommé de l’élocution, les lèvres tendues vers l’avant, la voix déroulée suavement comme un tapis de velours, signe trop souvent l’appartenance réelle ou fantasmée à une bonne société dont les valeurs reconnues englobent Bach, le Génie, le Divin Mozart, le Charme de Chopin (si vous connaissez d’autres épithètes homériques, faites-les moi connaître, svp)
Revenons, je vous en prie, à notre tasse de thé.
Dans le luxe feutré d’un salon raffiné, tout semble n’être que volupté (sorry, Charles) mais à y bien regarder, sous la laque apparaissent des sentiments inavouables.
C’est ainsi que je souhaite parler de “Musique Classique”, sous des apparences lisses et policées, je me propose de lever un coin de ce riche cachemire couvrant le piano, de retirer la couverture de soie qui protège le violon dans sa housse et d’aller plus loin s’il le faut en déshabillant tour à tour sopranos et barytons pour vous montrer enfin l’arrière du décor, celui que fréquentent compositeurs et interprètes, ces AAAArrtiiissttees (oui, Madame la comtesse) qui, même à la scène, restent résolument des travailleurs laborieux.
Composer, jouer, chanter, cela fait transpirer. Les “artistes” mangent, boivent (beaucoup), dorment, copulent (le plus souvent possible), excrètent, éprouvent des émotions, parlent (et de quelle manière ), bref effectuent toutes les opérations qui sont l’apanage du genre humain.
Foin de mythes religieusement entretenus, je veux de la chair, de la vie, avec tout ce que cela comporte de réalités glorieuses ou triviales.
Ouvrez grand vos oreilles et chaussez vos bésicles, cela va gicler…
Du sucre ? Du lait ? Du citron ?