Sweelinck’s Weblog

mars 2, 2012

Voyage au Rajasthan: 4ème épisode

Lundi 25 avril. Amber

Lever à 6h pour un départ à 7h30. Ce matin nous visitons le Fort d’Amber situé au sommet d’une vallée encaissée à 8 km de Jaipur. Sa vue est grandiose, il occupe tout le sommet d’une crête rocheuse et ses fortifications se prolongent sur l’autre versant de la vallée. Ainsi situé, il pouvait contrôler la passe et empêcher le passage d’éventuels agresseurs. Les bâtiments au sommet du piton rocheux sont encore habités par la famille royale de Jaipur. Nous avons droit aujourd’hui à une promenade à dos d’éléphant.

Je fais la file pour accéder à la plateforme d’où je pourrai m’installer sur le dos de l’animal. Dans la cour en contrebas, se pressent les puissants pachydermes, certains sont décorés. Il fait encore « frais » mais la montée est exposée au soleil. Enfin, ma monture est avancée et j’ai de la chance, je suis seule dans la nacelle ce qui me permet de m’asseoir en tailleur, face à la marche.

La masse s’ébranle et la nacelle tangue, je me cramponne des deux mains à la barre de sécurité, mais bientôt, je perçois les mouvements du corps de l’animal. Je me mets à suivre son rythme lent et bien balancé, ma colonne vertébrale s’incline dans un sens puis dans l’autre, mes hanches suivent, un véritable assouplissement du dos.

Des photographes sont là qui nous mitraillent de leur objectif. C’est « la » photo du voyage certes, mais je ne me laisse pas photographier aussi facilement. Encore des petits commerces lucratifs…

Après plusieurs virages sur cette rampe montant à flanc de colline et des points de vue de plus en plus impressionnants à mesure que nous nous élevons, nous franchissons une porte qui nous mène dans une cour cernée de constructions.

Là, l’éléphant s’accote à un mur pour me permettre de débarquer, après avoir donné une gratification au mahout, pardon, au mahout et à son assistant. J’aurais aimé nourrir l’animal mais je ne retrouve pas assez vite mes biscuits et le temps étant compté ici aussi, je dois me dépêcher de rejoindre le groupe pour commencer la visite.

A la suite de notre guide indien, nous nous engageons dans une visite sportive qui commence par un escalier bien raide. Arrivés dans une cour, nous admirons la Ganesh Pol surmontée de l’effigie du sympathique dieu à tête d’éléphant.

Il y a beaucoup de distractions autour de moi : des touristes accablés par la chaleur regardant les monuments, des indiens à l’ombre d’un arbre regardant les touristes et des observateurs pour regarder le tout. L’ambiance est animée, tout le monde parle des langues différentes, c’est grouillant de vie et d’une bienveillance bonne enfant.

Après avoir franchi la porte, c’est une série de cours, de bâtiments ouvrant sur celles-ci, de couloirs, d’escaliers que nous allons parcourir. Les maharanis n’avaient pas à se donner tant de peine, elles étaient tractées sur de petits chariots par leurs domestiques et atteignaient les étages supérieurs du palais par une rampe intérieure. On imagine aisément la conséquence du manque d’activité physique et d’activité tout court. Ces femmes ne faisaient rien, elles écoutaient de la musique, regardaient la danse, se faisaient soigner par leurs suivantes et domestiques et devaient s’ennuyer ferme. Je ne leur envie nullement cette inactivité même si, à l’issue des visites, mes jambes tremblent.

Je n’ai pas assez d’yeux pour admirer ce qui m’entoure :

le jardin intérieur arrangé à la moghol avec ses dessins géométriques,

                            les linteaux de portes soutenus par des têtes d’éléphant,

les décors peints à motifs floraux.

 

 

 

 

Mais ce qui m’arrache des cris d’admirations ce sont ces salles d’audiences décorées de mosaïques en miroirs et fragments de verres colorés représentant des bouquets de fleurs et des bouteilles à vin.

 

 

Cette décoration se prolonge sur le plafond et réfracte le moindre rayon de lumière. Que cela devait être beau à la lumière des lampes à huile, avec les vêtements colorés des seigneurs de cette époque !

 

 

 

 

 

 

Je rêve…..

 

 

 

 

 

 

 

 

Du haut de la terrasse supérieure, la vue est plongeante sur la vallée. Sur la rampe, le cortège des éléphants se poursuit dans les deux sens. Je demande à quelqu’un du groupe de me photographier pour le souvenir.

Nous visitons ensuite les appartements des femmes, soigneusement isolés des lieux accessibles aux hommes. C’est à nouveau une cour bordée par des chambres et au centre de laquelle se trouve un pavillon de loisirs. Une femme en sari balaye mollement le sol. En réalité, elle est là pour se faire photographier par les touristes ce qui lui procure une source de revenus complémentaires.

Nous passons ensuite dans les installations techniques, un vrai dédale de couloirs.

Pour amener l’eau dans le fort, une noria était actionnée par des bœufs qui tournaient dans une tour.

Le conduit dans lequel montaient les récipients remplis d’eau est occupé par des centaines de chauves-souris, endormies au moment de notre visite.

Nous visitons aussi les toilettes et je m’attarde avec quelques personnes du groupe dans une tourelle pour jouir du paysage et observer un gros essaim d’abeilles accroché à la paroi. Pendant que nous traînons, le guide et le reste du groupe ont continué la visite et nous voilà perdus dans ce labyrinthe d’escaliers et de couloirs. Nous décidons de rester ensemble et d’explorer les directions que nous n’avons pas encore suivies. Il n’y a aucune indication, pas de plan, nous nous dirigeons à l’instinct.

Nous retrouverons le groupe à la sortie pour une surprise : des charmeurs de serpents. Interdit par le gouvernement indien suite à quelques accidents impliquant des touristes, ce spectacle de rue se déroule maintenant à la sauvette.

Deux hommes en turbans, deux « flûtes », deux paniers, deux serpents dont l’un d’eux n’a pas l’air de vouloir travailler. Son dresseur le pousse du doigt et l’animal se redresse lentement, l’œil ensommeillé puis se met à se balancer au son et au mouvement de l’instrument à vent.

Nul doute, ce sont de beaux cobras avec leur capuchon au motif caractéristique qui les fait appeler serpent à lunettes. Hélas, je n’ai pas le temps d’aller plus avant dans mes observations, d’autres touristes veulent voir. De plus, notre visite se poursuit au rythme d’un allegro bien enlevé, nous montons encore un long escalier où nous retrouvons les vendeurs de petits objets, de cartes postales, de brochures touristiques, de bijoux, etc. J’achète un petit flacon de parfum à l’opium.

Arrivés au sommet, nos guides nous proposent la visite d’un temple dédié à Kali, la noire déesse de la destruction. Il faut se déchausser, retirer tous les objets en cuir, ne prendre ni eau ni aliments pour avoir accès au sanctuaire. Une partie du groupe reste dehors pour garder les biens de ceux qui visitent. Me voilà donc pieds nus, sans montre, sans eau, sans biscuits, pénétrant dans l’antre de la terrible Kali. Je suis étonné par la clarté du lieu : un espace carré et dépouillé avec un puits de lumière central. Des cloches pendent à une solive, on les fait tinter pour attirer l’attention de la divinité qu’on vient prier. Je frappe la cloche pour me signaler, m’incline devant le saint des saints, mets une obole sur le plateau et reçois du brahmane le point rouge au milieu du front, sorte de bénédiction. La déesse Kali me fascine depuis longtemps avec son collier de cranes autour du cou et le sang qu’elle répand autour d’elle. Elle détruit l’illusion pour ne laisser subsister que la réalité, elle est lucide, comme j’aime à l’être aussi. Notre visite du fort d’Amber se termine par cette vision horrifique mais je ne m’en plains pas. A côté de la beauté la plus absolue se trouve toujours son antithèse radicale. C’est la Vie.

Cette fois-ci nous descendrons la rampe en jeep après avoir à nouveau été harcelés par les vendeurs. Je commence à m’habituer et à répondre de manière plus satisfaisante, à mon goût, à leurs sollicitations appuyées. Les photographes ont bien travaillé : je me vois proposer une photo de moi à dos d’éléphant. Accrochée au bastingage avec mon chapeau blanc en coton, ma chemise rose et mon profil peu avantageux (pour ne pas dire mon gros nez), j’ai bien envie de la refuser mais ces hommes vivent de cela et je l’achète sans trop marchander. Ceux qui auront résisté jusqu’au bout, recevrons leurs photos gratuitement.

La jeep, c’est moins charmant que l’éléphant mais plus rapide. Nous retrouvons notre car près du petit lac situé au pied du fort. De là, la vue est splendide aussi. 

Encore une visite avant le repas de midi : une manufacture de tapis et d’impression de tissus au bloc. Nous entrons dans une véritable haveli, une maison de marchand avec sa cour intérieure pour les activités commerciales. L’atelier occupe le pourtour de la cour depuis le filage de la laine par des femmes assises à même le sol jusqu’au brûlage du dos des tapis.

J’ai même la chance de faire quelques nœuds à un tapis en cour de confection. Tout se paie ici, les nœuds comme les photos, les gestes de demande sont discrets mais parfaitement compréhensibles. Je ne suis pas habituée à ce système mais je m’adapte aux coutumes du pays. Nous assistons à une démonstration d’impression de tissu avec des blocs gravés et différents passages pour obtenir une variété de couleurs. Celles-ci n’apparaissent de façon définitive qu’après un lavage à l’eau salée, ce qui paraissait brun avant le bain devient bleu ou vert ou orange. C’est magique.

Nous pénétrons ensuite dans le show-room proprement dit pour une présentation des tapis. C’est un ballet bien rôdé auquel nous assistons, les gestes des présentateurs sont parfaitement synchronisés pour jeter le tapis devant eux, le laisser se dérouler, l’étendre dans un geste sec et le déposer sur le sol. Il y a du rythme, du mouvement et tout cela sans musique. Tapis en laine, tapis en cachemire, tapis en soie, grande taille, taille moyenne, petit format, motif persan, rajpoute, géométrique ou figuratif, dominante bleue, rouge ou ocre, le choix est immense et tout est prévu pour le transport et pour le paiement. Fasciné par le spectacle, je me laisse tenter par un petit tapis en cachemire et soie aux motifs persans. Au final, je reçois un sac en tissu format 30/30 fermé par un cadenas dont le vendeur me remet fièrement la clé.

Mais ce n’est pas fini : on nous emmène à l’étage où se trouvent les textiles imprimés, brodés, tissés et c’est à nouveau le corridor de la tentation. Les nappes sortent de leurs étagères, les tissus de saris se déploient, les écharpes s’ouvrent sous nos yeux. Chaque touriste a son vendeur attitré, le mien est plus âgé et semble expérimenté. Je choisis une nappe en coton imprimée au bloc et là-dessus il me montre un couvre-lit pouvant faire nappe, brodé au fil d’or, un travail superbe. J’admire et déjà il joue de la calculette pour me donner le prix en euros de mes deux achats. La note s’élève à plus de 400 euros. Je n’ai pas dit que je voulais acheter le couvre-lit et lui me le vend déjà. J’ai de la peine à me dépêtrer de la situation. J’ai besoin d’une écharpe pour faire un cadeau, c’est l’embarras du choix. Je procède par élimination pour sélectionner celle qui conviendra le mieux. J’ai grand peine à freiner mon vendeur qui me propose plusieurs écharpes toutes plus belles les unes que les autres. Je vais admirer les saris et il me propose de me faire coudre un ensemble sur mesure. Je conclus la vente et je vais m’asseoir dans un coin, n’osant plus admirer quoi que ce soit de peur de me le faire imposer par un vendeur. Mon budget est loin d’être illimité comme les commerçants ont l’air de le supposer.

Je regarde les autres participants du groupe faire leurs achats, certains font de bonnes affaires, ils savent marchander. Certains semblent atteints de fièvre acheteuse et sortent avec d’impressionnants paquets. Enfin nous nous dirigeons vers la sortie, l’heure du repas a sonné. 

C’est dans une haveli convertie en auberge que nous allons nous restaurer. Le décor mélange style indien et influences anglaises.

 

Dans la salle à manger, les murs et le plafond sont décorés de motifs floraux, c’est chargé sans être écrasant. Mes yeux se nourrissent autant que mon corps.

Après le repas, je vais savourer une tasse de thé dans la véranda et faire connaissance avec les membres d’un autre groupe de voyageurs français qui font à peu près le même circuit que nous. Ils me semblent moins enthousiastes que nous.

Un musicien joue d’un instrument à archet dans la cour, tout à côté et un spectacle de marionnettes se prépare non loin. Je savoure ces instants où tous mes sens reçoivent une stimulation, l’odeur des fleurs toutes proches et des plats épicés, la chaleur sur ma peau, le goût amer du thé, la musique et le bruit des conversations, ce que je vois. J’aurais envie de fermer les yeux pour me concentrer sur toutes ces sensations nouvelles. Je me sens parfaitement bien et je célèbre cet instant.

L’après midi se poursuit par la visite de l’observatoire astronomique, Jantar Matar, construit au 18ème siècle. Il est 15h et le soleil s’en donne à cœur joie pour nous faire souffrir. Pour moi aussi, les stations en terrain découvert à écouter les explications de notre guide indien sont autant de supplices, malgré mon chapeau.

Je n’ai aucune envie de flâner au milieu de ces appareils étonnants,

                  cadrans solaires indiquant l’heure à la seconde près,

 

 

                   instruments dédiés aux 12 signes du zodiaque,

 

 

 

                    appareil pour situer l’emplacement des constellations

                                                

 

 

et bien d’autres curiosités.

Je sue d’abondance et mes vêtements sèchent sur moi à la moindre brise.

 

La visite se poursuit par le City Palace qui abrite à la fois les appartements privés du maharadja de Jaipur, les locaux du gouvernement du Rajasthan et un musée ouvert au public. A l’entrée, nous croisons deux charmeurs de serpents et leurs animaux en plein travail avant de pénétrer dans la cour du palais.

L’architecture est fine et raffinée, l’éléphant est bien présent, tout près des portes et des voutes. Nous visitons une exposition de vêtements royaux, brodés d’or ainsi  que des salles consacrées à l’armement. Là, je ne regarde que les plafonds superbement peints et je m’assieds pour attendre le groupe qui s’extasie à la vue de couteaux s’ouvrant dans le corps de la victime. Raffinement aussi dans l’art de mettre à mort.

Enfin nous pénétrons dans la partie privée. Une cour au centre de laquelle se trouve la salle d’audience, le diwan-i-Khas, un pavillon en grès rose aux nombreuses colonnes. Les gardiens en costume et turban ne se privent néanmoins pas de la modernité, l’un d’eux a une conversation animée depuis son portable. Le contraste m’amuse.

J’admire le plafond orné de stuc blanc. Mais je n’avais pas tout vu : nous entrons dans une petite cour dont les quatre portes sont ornées de motifs de paons.

Chaque porte possède son propre décor aux couleurs vives, toutes les plumes sont détaillées dans un dégradé de vert et de bleu, c’est ravissant.

Avant de quitter ce havre de paix, nous avons une halte-buvette où je déguste une tasse de chaï brulant avant une visite en cyclo-pousse de la vieille ville de Jaipur.

Cette visite est un des temps forts de mon voyage, une plongée dans l’Inde réelle, celle que nous ne faisons que deviner alors que nous circulons en car de palais fabuleux en hôtels de luxe.  Je m’assieds sur la banquette du véhicule avec le guide indien. Quelle chance, je vais recevoir toutes les explications que je souhaite !

Nous quittons la place où se tient un marché chaque matin pour suivre une ruelle qui mène à une artère de grande circulation. La vieille ville de Jaipur présente un plan en damier, toutes les rues se croisent à angle droit.

L’entrée dans la circulation ô combien dense est au premier abord un choc auditif : les klaxons, le bruit des moteurs, les voix, les sonos des magasins créent un véritable paysage sonore. Les indiens aiment le bruit, cela m’a frappé depuis mon arrivée ici. Il n’y a pas que le bruit, d’ailleurs. Ils aiment que leurs sens fonctionnent à plein régime. Les odeurs, les saveurs, les couleurs, tout sollicite les organes sensitifs pour qu’on se sente vivre. La rue que nous suivons ne fait pas exception. L’odeur d’essence, de mazout et autres effluves chimiques est frappante. Il y a ensuite le mouvement, continu, rapide et anarchique. Les véhicules sont au coude à coude, les carrosseries se frôlent, en tendant le bras, je peux toucher le conducteur de la moto qui tente de nous dépasser. A ce jeu là, il y a des règles de manières à ce que les véhicules circulent sans se heurter, à la distance d’une feuille de papier. J’ai une impression de vertige au milieu de ce tourbillon et je mets mon espoir dans la chance légendaire des conducteurs locaux. Il n’empêche : quelle expérience !

Nous quittons cette avenue bordée de magasins vomissant sur le trottoir marchandises et services pour emprunter une ruelle bordée, elle aussi, de boutiques grignotant aussi une part de la chaussée.

La circulation est tout aussi anarchique et malgré son étroitesse, cette rue est à double sens. J’y vois des cordonniers, des barbiers-coiffeurs, des couturiers, des confiseurs et pâtissiers et tous les petits commerces imaginables. Au-dessus des auvents se croisent une myriade de fils électriques dans un déploiement comparable à la circulation anarchique. C’est stupéfiant.

 

 

 

 

 

Plus fort encore : à chaque croisement latéral, mon regard peut admirer des tas d’ordures magnifiques, avec ou sans cochon.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour suivre ces ruelles, il faut d’abord enjamber de 50 cm à un mètre de détritus.

Je n’ai pas le loisir de promener mon nez par là pour capter les relents de ces dépôts. Je vous laisse imaginer… Nous retraversons une artère principale.

La priorité de droite est inconnue ici, je fais ma prière et nous passons. Le carrefour que nous atteignons se limite à un banyan laissant pendre ses racines au-dessus du bitume.

Son tronc est protégé par de nombreux véhicules garés, l’espace est rare pour tous.

Nous nous engageons dans Tripolia Bazar, la bien nommée, pour admirer la Palais des vents ou Hawa Mahal, vanté par tous les guides de voyage et photographié à tire larigot. Déception ! Il n’y a pas de recul pour contempler ce monument aux nombreuses fenêtres ornées de jalis et l’environnement n’a rien de plaisant.

Cette façade qui permettait aux femmes de voir sans être vues est une sorte de décor. Bruxelles ne détient pas le monopole du façadisme ! Entre la photographie et la réalité, il y a un décalage énorme. Après tout, ce que je vois me semble préférable à la fiction menteuse.

Sur le trottoir au pied de l’édifice, git une femme et son petit garçon. A la barrière qui borde la chaussée est accoudée une foule de badauds, des motos sont alignées tout à côté et des vendeurs sont accroupis sur le sol dont un vendeur de remèdes ayurvédiques avec ses bocaux et ses produits séchés.

Nous revenons à notre point de départ où nous retrouvons un beau tas de déchets avec ses chiens et ses choucas.

Le car est cerné de mendiants, surtout des enfants mais aussi des mères avec des enfants estropiés. Ici, pas de sécurité sociale, pas d’allocation de chômage, pas de pension, pas de mutuelle, une médecine à plusieurs vitesses, dès lors on peut comprendre qu’un enfant affligé d’une tumeur bien visible soit une source de revenu pour sa famille. Pourquoi irait-on dépenser un hypothétique argent pour le faire soigner alors que son handicap permet à la famille de gagner de quoi survivre au jour le jour ? Surtout, laissons nos appréciations d’occidentaux nantis au placard, nous sommes ignorants des modes de vie d’ici.

Le retour à notre superbe hôtel avec piscine, magasins, jardins, restaurant, bref, tout le confort de l’Occident offre un contraste violent avec ce que je viens de voir. L’Inde, ce sont aussi les contradictions.

A suivre….

juin 10, 2011

Voyage au Rajasthan: 1er épisode

 

Cher lecteur,

 

De retour d’Inde, émerveillé par ce pays, je souhaite partager avec vous mon enthousiasme ou ma stupéfaction face à ce que j’y ai découvert.

Je n’ai jamais été attiré par la photographie, mes clichés valent peu mais c’est parfois la seule façon de transmettre ce que j’ai vu là-bas.

Et maintenant, en route….

 

Mercredi 20 avril 2011 – Première étape : Paris – Charles de Gaulle

Après un voyage en train sans histoire, je débarque avec ma valise et mon sac à dos à Roissy où je passe la première nuit pour pouvoir enregistrer tôt le lendemain.

Mon hôtel se situe près du terminal 3, j’emprunte la navette pour m’y rendre.  J’ai choisi l’hôtel Ibis dont je connais les performances. De toute façon, la nuit sera courte : le check-in est à 7h30 le lendemain.

Avant de prendre mon repas, je reprends la navette pour repérer les lieux d’embarquement et savoir le temps nécessaire pour m’y rendre (30 min.) 

19h30, souper, avec au dessert un délicieux moelleux au chocolat cuit à point. A une autre table, trois voyageurs chinois ont de la peine à se faire comprendre, ils ne parlent pas l’anglais et montrent dans l’assiette des convives ce qu’ils désirent manger. Après avoir remué ciel et terre, le restaurant déniche un membre du personnel qui parle une langue intelligible pour eux.

Revenu dans ma chambre, je regarde la télévision pour constater que rien n’a changé en la matière, c’est toujours en dessous de tout. Je suis une série policière au discours très « psy », c’est lamentablement médiocre.

 

Jeudi 21 avril 2011 Journée en avion vers Delhi

Levé à 5h45 après une mauvaise nuit de sommeil. Petit déjeuner léger (pain et tisane de tilleul) et en route pour l’enregistrement. A 7h, je passe la douane sans aucune difficulté, je vais pouvoir trainer dans la zone d’attente jusqu’à l’heure du départ à 10h30. J’achète un polar et une revue en anglais pour réactiver ma connaissance de la langue.

Dans le salon d’attente n°9 sont déjà réunis de nombreux indiens aux tenues colorées, un avant goût. Je regarde les gens, mon grand plaisir habituel. Vers 10h, on nous annonce un changement de porte d’embarquement. J’émigre vers le salon 6 où attendent aussi des indiens, une attente prolongée de 30 minutes : l’avion n’est pas prêt. Je trouve un siège à côté d’un homme profondément endormi. Ses bagages me renseignent sur sa destination, il va à Bombay. Il y a devant moi un fauteuil massant qu’une jeune femme essaye avec de nombreux gloussements de plaisir. Décidément, un aéroport ne manque pas de distractions. J’entends le premier appel pour le vol vers Bombay qui a lui aussi changé de porte. Je me dis que mon voisin n’a sans doute pas entendu l’appel et après quelques minutes, j’ose le réveiller pour lui demander quelle est sa destination. Il aura juste le temps nécessaire pour embarquer.

45 minutes de retard plus tard, nous embarquons. Je suis assis près de la fenêtre, côté aile ce qui me permet néanmoins de voir le sol. La place à côté de moi reste inoccupée, je pourrai faire une sieste dans des conditions plus agréables. Le plan de vol me signale que nous survolons Paris, Luxembourg, Nürnberg, Prague, Cracovie. Le paysage est très vert, plus nous avançons vers l’est et plus le relief semble accidenté. Nous longeons ensuite les Carpates, survolons Odessa, la Mer Noire, Bakou, la Mer Caspienne, Krasnovodsk, Meched et le paysage change, devient plus minéral, plus sec et jaune.

Il est 17h et le soleil se couche dans un lit de nuages roses de toute beauté. Après avoir survolé Kaboul et Lahore, j’aperçois les lumières de Delhi, cela scintille comme des diamants dans la nuit.

Il est 22h20 heure locale, soit trois bonnes heures de décalage lorsque je débarque dans le grand aéroport moderne de Delhi. Le passage de l’émigration est un peu laborieux et surtout très bureaucratique. Je remplis le document sans me soucier trop de l’exactitude des données, l’important pour le préposé, c’est que toutes les cases soient remplies. Avant de récupérer ma valise, je change 50 euros en roupies (3000).

Dans le hall d’accueil bondé, je retrouve le guide indien, muni du panonceau de l’organisateur du circuit et en attendant le reste du groupe, je me rince l’œil au spectacle de cette foule très bigarrée qui déambule paisiblement au milieu des chariots de bagages. Finalement, le guide français arrive avec le reste des participants : nous sommes onze, six couples et moi. A l’air libre, la chaleur me tombe sur le dos, 32° sec avec un peu de brise, très agréable. Les alentours de l’aéroport ressemblent à un no mans land avec béton et poussière.

Nous embarquons dans notre autocar « made in India » et entamons 40 minutes de routes surchargées de trafic malgré l’heure tardive pour rejoindre notre hôtel. Je distingue des campements militaires bien clôturés, de la végétation sur les bas côtés et une circulation anarchique que les coups de klaxon du chauffeur tentent de régenter. Nous traversons des quartiers plus aérés probablement dans New Delhi, il y a des ronds points, des carrefours, de longues avenues bordées de gros bâtiments qui se devinent dans l’obscurité. Nous roulons à gauche évidemment mais ici le code de la route connait de multiples interprétations, il faudra s’y faire.

Enfin, nous nous engageons sur la rampe d’accès de l’hôtel Méridien, un palace à l’entrée très impressionnante. Comme dans chaque hôtel, il faut passer par un portique de sécurité identique à celui de l’aéroport. En Inde, on ne badine pas avec la sécurité des touristes. Le hall est déjà spectaculaire par sa grandeur, nous y recevons le collier de tagètes et un verre de bienvenue puis c’est le contrôle des passeports et enfin la remise des clés. J’ai hâte d’être dans ma chambre pour pouvoir me reposer après cette longue journée.

Les ascenseurs extérieurs surplombent un atrium, une vue vertigineuse. La chambre n’est pas moins grandiose par son décor moderne, je ne résiste pas au plaisir de faire quelques photos. Mon appareil photographique jouera le rôle de seconde mémoire, il y a tant à voir que mon cerveau n’a pas le temps de graver ces images dans sa conscience. Le départ étant prévu pour 8h30 le lendemain, je ne tarde pas à me coucher.

 

 

 

 Vendredi 22 avril 2011 Delhi

J’ouvre le rideau pour un premier regard sur l’Inde. Je vois le sommet des arbres, quelques oiseaux dans le ciel et la ville avec ses entrelacs de fils électriques, d’antennes et quelques paraboles. Petit déjeuner buffet, mi-occidental, mi-indien avec beaucoup de fruits. Les autres participants du groupe sont répartis à d’autres tables. J’entame une conversation avec une voyageuse australienne qui a déjà visité l’Inde. « Voir le Taj Mahal et mourir ! » Je vais me contenter de voir le Taj Mahal, le reste attendra.

Départ à 8h30 pour la visite de la ville, je photographie des ambiances de rues. Tout me parait stupéfiant, la foule, le mouvement, les couleurs des saris, les petits commerces en tous genres. Je n’ai pas assez d’yeux pour regarder.

Arrivés dans la vieille ville aux rues étroites et encombrées, nous visitons la Grande Mosquée, Jama Masjid (1650-1656). Une volée de marche, les premiers marchands, dépôt des chaussures sur le seuil, inspection de la tenue vestimentaire : toutes les femmes sont revêtues de grandes robes au tissu fleuri, les hommes sont priés de cacher leurs mollets dans une sorte de paréo plus sobre. J’échappe à ce déguisement grâce à mon pantalon long, ma chemise à longues manches et surtout le foulard (indien) dont je me suis déjà couvert la tête. Pour éviter de se brûler la plante des pieds, le guide nous a conseillé de porter des chaussettes, très bonne idée aussi pour éviter la saleté du sol (fiente de pigeons, notamment). La cour centrale est bordée sur les quatre côtés par des murs crénelés. Les bâtiments sont surmontés de dômes à bulbes, nous voyons le premier exemple de marqueterie sur pierre : du marbre noir serti dans le marbre blanc et figurant quelque sourate du Coran. La moitié de la cour est couverte de draps attachés à des anneaux fixés aux murs pour éviter la chaleur déjà intense du soleil. Vu l’heure matinal, il y a peu de monde et l’endroit invite à la flânerie, au recueillement. Du côté opposé à l’entrée se tient un petit marché. C’est là qu’on peut trouver les hôtels pour routards où l’on peut se loger à peu de frais pour peu de confort. L’Inde n’est plus se qu’elle était, plus moyen de vivre une journée complète pour 20 euros, cette époque mythique est révolue, le mirage s’est incarné dans une modernité réaliste. Une petite fille me regarde. Je demande au guide local comment dire « bonjour ». C’est mon premier « namasté » auquel la fillette répond par un magnifique sourire. Je fonds devant tant de grâce.

 Le car nous reprend et nous traversons la ville neuve avec ses espaces verts et ses bâtiments de style victorien pour nous rendre au Raj Ghat, lieu où fut incinéré le Mahatma Gandhi le 31 janvier 1948. Il s’agit d’un grand jardin au centre duquel se situe une simple pierre noire devant laquelle les gens viennent s’incliner avec respect. Il fait chaud maintenant, le soleil s’active mais c’est très supportable au cause de l’air sec et d’une brise qui souffle de temps à autres, apportant des parfums de fleurs et d’autres effluves non-identifiés.

 Nous remontons dans le car, retraversons New Delhi et ses   grandes avenues, saluons au passage India Gate abritant le soldat inconnu. Les Indiens ont combattu aux côtés des anglais lors de la Première Guerre Mondiale, perdant quelques 100.000 soldats. Nous faisons plusieurs fois le tour d’un rond point pour admirer l’imposant ancien palais des vices rois des Indes, nous passons devant le Fort Rouge que nous ne visiterons pas, ayant d’autres occasions au cours du voyage de visiter des forts moins abimés que celui-ci.

   

Non loin de là, dans Chandni Chowk, nous avons la chance de visiter un temple sikh. Nous laissons chaussures et chaussettes dans un parloir gardé par un digne représentant de cette religion, la tête doit être couverte pour tous et à cet effet on nous fourni des chiffons couleur safran du plus bel effet pour les messieurs. Plongée dans la foule, escalier de marbre blanc aux dalles chauffées par le soleil (heureusement qu’il y a des tapis), arrivée sur une esplanade où l’on vend une pâte sucrée destinée aux offrandes. Le commerce marche bien dans les temples et les mosquées, tout le monde s’y retrouve.

Dans le sanctuaire, la ferveur est à son comble : musique, chants, procession autour du tombeau du saint martyre, gens en prière. C’est très étonnant. A la sortie, deux préposés distribuent à chacun une part de la pâte sucrée qui n’a pas été offerte à la divinité. Cette manière de communion est présente aussi dans les temples hindouistes où l’on offre de la noix de coco et des bonbons en sucre blanc à la divinité ainsi qu’aux assistants. Nous passons devant un bassin d’ablutions qui ressemble à une piscine.

Après nous être rechaussés, nous allons visiter les cuisines attenantes au temple. Tous les jours, des repas végétariens gratuits sont distribués à ceux qui le souhaitent.

                                                                   La préparation des légumes se fait à l’extérieur.

Nous entrons dans un antre à la chaleur d’étuve.

                                                                         Il y a tout d’abord la machine à faire les naans (depuis la pâte jusqu’à la cuisson),

                                                                                                                                                                                                                                                            

                                                                                                                                                                                                                                                                                                 

 puis les pétrisseuses de galettes,                                                                                                

les chaudrons posés sur des fournaises où mijotes des légumes,

ensuite la cuisson des galettes.

Le sacré s’étend à la rue aussi avec de petits temples bien fleuris,

du plus modeste au plus raffiné, sur le trottoir ou le long d’un arbre.

La religion est partout et dans tous les actes de la vie.

                                                                                           

 Le commerce aussi d’ailleurs, tout se vend mais attention à l’hygiène.

        Ces appétissants jus de citron bien frais   ne sont pas fabriqués avec de l’eau filtrée,

 les gâteaux frits, les samosas et autres délices sont frits dans le l’huile douteuse et hautement toxique.

Mieux vaut s’abstenir de manger dans la rue.

Dans celle-ci, on rencontre toute une faune :

éléphants, vaches, chiens, chèvres, dromadaires et même des porcs qui vont d’un tas d’ordures à un autre.

La dernière visite de la matinée sera consacrée au Qutb Minar, complexe construit par les musulmans avec du matériau de réemploi venant de temples hindous.

 La tour, symbole de pouvoir s’élève à 72 mètres au dessus du sol, sa construction fut entreprise à partir du 12ème siècle. Plusieurs mosquées en ruine se trouvent dans un charmant parc fréquenté par les promeneurs et les écureuils.

 

Dans les édifices, les plafonds sont toujours remarquablement travaillés. Là où il y a moyen de tailler de la dentelle que ce soit dans la pierre ou dans le bois, les bâtisseurs ne s’en privent pas. Les portes sont travaillées de cette manière ainsi que les splendides jalis occultant les fenêtres pour permettre aux femmes de voir sans être vues. 

Nous quittons le royaume du grès rouge pour aller nous restaurer, il est près de 13h, il fait chaud, la matinée à été longue, il me tarde de me reposer. Heureusement que nous avons des bouteilles d’eau fraîches et un semblant de climatisation dans le car. Repas chez Waves, cuisine locale, bière fraîche (Kingfisher), je m’abstiens de dessert : c’est de la glace. 

Vers 15h, nous nous mettons en route pour Agra distante de 200 km de Delhi. Il nous faudra 5h d’autoroute pour y arriver, le soleil sera déjà couché en arrivant à l’hôtel.

Pourquoi tant de temps ? Parce qu’on trouve de tout sur les autoroutes indiennes : des camions, des voitures, des vélos, des tracteurs, des dromadaires et des vaches errantes. La vitesse s’en trouve ralentie d’autant.

Ces voies rapides traversent de petites agglomérations où il vaut mieux ralentir.

Cela a du charme, je me remplis les yeux au spectacle de la rue :  le vendeur de concombres au sel,

les chiens qui dorment dans la poussière, les femmes qui cuisinent en pleine rue, à côté des vaches et des cochons.

Dans les campagnes, la deuxième moisson se termine, les épis ont été coupés, certains sont entassés en attendant d’être broyés pour le fourrage. Les champs sont dénudés et roussis par le soleil.

L’assistant chauffeur de notre car nous approvisionne en bouteilles d’eau à un prix très démocratique. Avec le temps chaud et sec, il faut boire plus que d’habitude, jusqu’à 5 litres par jour. Je ne me fais pas prier.

L’entrée dans Agra est longue et pénible, tout est embouteillé et j’ai hâte d’arriver à l’hôtel. Enfin vers 20h30, je peux prendre possession de ma chambre à l’hôtel Trident. J’éteins la climatisation pour éviter tous les maux liés à ce fléau : coup de froid, névralgie et autres. La chaleur est très supportable et je commence à m’y habituer. Je constate que mon corps fonctionne mieux par 40°, il ne doit plus faire d’effort pour maintenir sa température. Décidément, je tiens du reptile.

A suivre….

 

 

septembre 11, 2008

Éloge de la paresse

Filed under: Editorial — sweelinck @ 11:32
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« La paresse, goût pour l’oisiveté, comportement qui évite l’effort. »

(Petit Robert)

 

Voici une définition qui me plaît beaucoup.

 

 

Pourquoi donc ce si beau mot a-t-il pris, dans notre société, un sens péjoratif ?

A l’heure où tout le monde court, ventre à terre, à la recherche d’un art de vivre, cette philosophie connue de toute antiquité ne fait plus recette.

 

A défaut de m’interroger longuement sur ce phénomène, en bon adepte que je suis, je m’adonne pleinement à mon plaisir : paresser.

 

Voluptueusement étendu sur un édredon gonflé de duvet de canard devant un feu ouvert (à défaut de chaleur solaire), j’écoute le temps s’écouler. Mon corps est alangui, il jouit profondément de son bien être, des ondes de plaisir le parcourent des orteils au cuir chevelu, mon cerveau renonce à ses pensées importunes pour contempler le vide.

 

L’univers se tient coi,

j’accède à la félicité suprême,

je ne fais rien,

je vis.

 

Ces quelques phrases pour vous expliquer mon absence en ces pages dans les semaines qui vont suivre :

j’exerce mon art de l’oisiveté,

je paresse…

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