Dimanche 24 avril Agra – Jaipur
Levé à 6h pour un départ à 7h30, ce
qui ne m’empêche pas de savourer une bonne tasse de thé fait à l’anglaise, les
feuilles jetées directement dans la théière et le passe-thé pour éviter que les
dites feuilles ne se retrouvent dans la tasse de l’hôte. Nous quittons Agra
pour nous diriger vers Jaipur à 233 km de là. En chemin, nous faisons un arrêt
à Fatehpur Sikri, ville construite vers
1570 sous les ordres d’Akbar et témoignant de sa volonté de réunir toutes les
religions. Malheureusement ce chef d’œuvre de l’art moghol n’a pu être occupé
longtemps : le manque d’eau s’y fit rapidement sentir et la cour déménagea
à Lahore dès 1585. Il reste des ruines particulièrement bien conservées et
désertes à cette heure matinale, ce qui renforce la sensation d’abandon et de
nostalgie qu’elles induisent. Tous les bâtiments sont en grès rouge, une
couleur qui tranche sur le paysage jauni et poussiéreux de la campagne
environnante. Nous entrons dans une cour entourée par un péristyle où quelques
hommes lisent le journal et fument du cannabis (l’odeur est très frappante) Au
centre de cette cour, de la verdure, des plantes dont un jardinier armé d’une
houe remue la terre pour y maintenir un peu d’humidité.
Nous traversons une porte pour
arriver dans la cour principale avec son jeu de chaupur (sorte de jeu d’échecs)
géant permettant d’utiliser des personnes comme pions.
D’un côté, le diwan-i-Khas ou salle des
audiences avec son stupéfiant pilier central sculpté, soutenant un balcon circulaire
accessible par quatre passerelles. Cela permettait à l’empereur de se tenir au
centre pendant que ses ministres prenaient place sur les côtés.
Dentelle de pierre, abondance de
motifs sculptés, consoles de linteaux figurant des monstres aquatiques de la
gueule desquels sort un fleuve, art figuratif ou abstrait, enfilade de portes
qui permet de porter la vue au loin. Je ne peux qu’imaginer la vie brillante
menée à la cour d’Akbar.


A l’opposé de ces bâtiments sont situés les
appartements de l’empereur et de ses femmes. Les musiciens et les danseurs se
tenaient au centre d’un bassin d’eau qui assurait aussi la fraîcheur des
chambres à coucher.
Malgré le ciel couvert, la chaleur
avoisine déjà les 38°, tout le monde cherche l’ombre pour écouter les
explications de notre guide indien.

Quelques traces de fresques dans le
style persan subsistent dans les appartements de l’empereur qui, sans savoir
lire, était féru de savoir et recevait à sa cour savants musulmans, pères
jésuites et tous ceux qui pouvaient partager leurs connaissances avec lui.
L’aile réservée aux nombreuses concubines d’Akbar trahit des influences
indiennes.
L’aile réservée aux nombreuses concubines d’Akbar trahit des influences
indiennes. Les portes ne sont pas en vis-à-vis
pour empêcher le regard d’apercevoir les divines beautés de l’empereur.

Dans cet univers féminin, on retrouve les
jalis qui permettent de voir sans être vu, un hammam et même des latrines.
Avant de visiter la mosquée, je
visite les toilettes locales à la turque. Propres mais sans papier, ce que j’avais
prévu. Le groupe a pris de l’avance et je me dépêche de le rejoindre, déjà
cernée par des vendeurs et des enfants demandant des roupies. Pour cette
visite, mes nerfs seront mis à rude épreuve : les pieds nus sur le marbre
et le grès surchauffés, la foule des marchands et des mendiants qui m’empêche
de regarder comme je le souhaiterais et le rythme trop rapide de la visite.
C’est dommage parce que le site en vaut largement la peine. Après avoir laissé
mes sandales à la garde du portier, j’entre dans une grande cour cernée
d’édifices décorés et traversée par des bandes de tissus qui évitent le
supplice du sol brûlant sous la plante des pieds.
La Grande Mosquée de Fatehpur Sikri
renferme le tombeau de Sheikh Salim Chishti (1480-1572), un saint ascète à la
sagesse proverbiale qu’Akbar consulta à de nombreuses reprises.
Son mausolée en marbre blanc
immaculé est ce qu’on remarque de prime abord une fois passé la porte. Tout le
monde converge dans cette direction de manière irrésistible, négligeant presque
de passer par le bassin d’ablution et de contempler la Sublime Porte, décorée
et surmontée de petits kiosques à fines colonnettes.
Je fais comme tout le monde, je
rends visite au saint. Sur le perron, des musiciens jouent de la musique
soufie, je peux voir de près cet instrument à clavier dont le son et le
fonctionnement ressemblent à celui d’un harmonium.
Je me faufile à l’intérieur de
l’édifice délimité par un déambulatoire fermé par des jalis au centre duquel se
trouve le tombeau.
Je décide de me laisser guider par
les indiens et puisque le lieu est saint, je le salue par une génuflexion avant
d’observer ce qui m’entoure. Au seuil, un « préposé » fournit les
offrandes contre rémunération. A l’intérieur, la circulation se fait par la gauche
et si la décoration est de toute beauté, ce qui retient mon attention, ce sont
les rites que font hindous et musulmans. Les gens déposent sur la pierre
funéraire, des pièces de tissu richement décorées puis y répandent des pétales
de roses dont l’odeur s’ajoute à celle de l’encens. Ensuite, ils vont nouer un
fil de coton rose ou orange aux jalis en prononçant un vœu. Le guide indien me
donne un fil rose et je vais l’attacher au grillage de marbre. Ce n’est pas
simple parce que ce treillage est très épais. Enfin mes doigts y arrivent et je
formule mon vœu puis reprends la circulation pour sortir du saint des saints.
On pourrait s’attendre à une ambiance recueillie et chuchotante dans un tel
lieu mais les indiens sont souvent très bruyants, ici aussi. Le déambulatoire résonne de leurs
conversations sans que la ferveur en pâtisse. Le sacré est au cœur de la Vie,
de leur vie.
La visite se poursuit par la mosquée
dont je ne retiens que les longs couloirs du péristyle occupés par les étals
des marchands d’articles divers et les sensations de mes pieds à la fois
dévorés par la chaleur et irrités par les débris épars de toute espèce.
Notre guide indien hâte le pas et je
prends des photos à défaut de pouvoir contempler ce site et en savourer
l’ambiance. Rechaussé, je me sens déjà mieux à même de faire face à cinq
enfants qui me réclament des roupies. Je ne les écarte pas, je les écoute me
dire « Hello », je leur sourie en me demandant ce que je pourrais
bien leur donner. Arrivé au car, il n’en reste plus que trois dont le plus
jeune a environ 5 ans. Je partage un paquet de biscuits secs entre eux et cela
a l’air de leur plaire. M’asseoir dans le car est un soulagement après la
proximité de la foule et le harcèlement des marchands.
Avant la pause du repas, nous
visitons encore la réserve naturelle de Keoladeo. Le soleil est au zénith et
tout grille. Le car nous dépose au parking à quelques centaines de mètres de
l’entrée, le reste de la visite se fait en cyclo-rickshaw. Seul à bord ;
mon conducteur porte un turban sikh et me demande à chaque cahot si tout va
bien.
Il y a peu de grands arbres dans
cette réserve, à peine quelques eucalyptus. Le reste se compose de buissons et
de prairies jaunies. Notre guide est un ornithologiste indien à la voix de fausset
mais à l’œil de lynx qui, à l’aide de jumelles, arrive à nous montrer un pic,
une chouette, des essaims d’abeilles, des antilopes en plus de singes, de
buffles et de divers oiseaux. Les migrateurs sont déjà partis en cette période
de l’année ce qui enlève beaucoup d’intérêt à la visite. Néanmoins, la
promenade est agréable.
Nous faisons une première halte pour
voir des singes, des animaux bien agressifs avec lesquels, il vaut mieux faire
preuve de prudence.
Ensuite nous nous arrêtons à un point d’eau pour observer
des oiseaux. Il faudrait respecter un silence absolu si nous voulons avoir la
chance d’en voir plus mais les participants du groupe n’ont pas l’habitude de
ce type de visite et, de plus, ils ont faim. Je reste sur ma faim, j’espérais voir
davantage.
Nous reprenons la route et faisons un arrêt
dans une auberge de style anglo-indien entourée d’un beau jardin, une sorte de
havre de paix et de verdure dans le paysage desséché qui borde la route.
Je flâne un peu avant de m’attabler
dans la salle à manger pour un repas pris au buffet et arrosé d’une bière
Kingfischer, bien rafraîchissante. Le menu ne varie pas beaucoup :
épinards épicés, fromage cuit dans un sauce rouge et piquante, gratin
d’aubergines, okras aux tomates, soupe de lentilles relevée, riz blanc et
naans. Le lait caillé est délicieux et améliore l’état du système digestif mis
à mal par tant d’épices.
Nous reprenons notre route vers
Jaipur. En fin d’après midi, nous faisons une halte dans une petite cité pour
visiter un puits monumental.
L’enceinte du puits renferme un
petit musée lapidaire ainsi qu’un autel dédié à Ganesh dont les abords sont
d’une saleté remarquable, les mouches y sont légion.
Le puits lui-même se présente comme
un amphithéâtre dont les gradins sont remplacés par des escaliers d’une dizaine
de marches à chaque fois, permettant de descendre jusqu’au niveau de l’eau. Les
indiens ont apporté ici une réponse différente au problème résolu par les grecs
et les romains par des gradins. C’est très ingénieux et fascinant à regarder.
Le calme de ce site contraste avec
l’animation à l’extérieur de celui-ci. Je retrouve les enfants, mendiant des
roupies et je n’en puis plus, je retourne m’enfermer dans le car tandis que le
groupe rend visite à un potier. J’espère que je vais m’habituer à ce
harcèlement perpétuel ou y trouver une réponse satisfaisante pour moi. La nuit
tombe alors que nous sommes encore en
route vers Jaipur ; arrivée tardive à l’hôtel Trident pour une courte
nuit.
A suivre….
























































































