Sweelinck’s Weblog

août 19, 2011

Voyage au Rajasthan: 3ème épisode

Dimanche 24 avril Agra – Jaipur

Levé à 6h pour un départ à 7h30, ce
qui ne m’empêche pas de savourer une bonne tasse de thé fait à l’anglaise, les
feuilles jetées directement dans la théière et le passe-thé pour éviter que les
dites feuilles ne se retrouvent dans la tasse de l’hôte. Nous quittons Agra
pour nous diriger vers Jaipur à 233 km de là. En chemin, nous faisons un arrêt
à Fatehpur Sikri, ville construite  vers
1570 sous les ordres d’Akbar et témoignant de sa volonté de réunir toutes les
religions. Malheureusement ce chef d’œuvre de l’art moghol n’a pu être occupé
longtemps : le manque d’eau s’y fit rapidement sentir et la cour déménagea
à Lahore dès 1585. Il reste des ruines particulièrement bien conservées et
désertes à cette heure matinale, ce qui renforce la sensation d’abandon et de
nostalgie qu’elles induisent. Tous les bâtiments sont en grès rouge, une
couleur qui tranche sur le paysage jauni et poussiéreux de la campagne
environnante. Nous entrons dans une cour entourée par un péristyle où quelques
hommes lisent le journal et fument du cannabis (l’odeur est très frappante) Au
centre de cette cour, de la verdure, des plantes dont un jardinier armé d’une
houe remue la terre pour y maintenir un peu d’humidité.

Nous traversons une porte pour
arriver dans la cour principale avec son jeu de chaupur (sorte de jeu d’échecs)
géant permettant d’utiliser des personnes comme pions.

 

D’un côté, le diwan-i-Khas ou salle des
audiences avec son stupéfiant pilier central sculpté, soutenant un balcon circulaire
accessible par quatre passerelles. Cela permettait à l’empereur de se tenir au
centre pendant que ses ministres prenaient place sur les côtés.

                               Dentelle de pierre, abondance de
motifs sculptés, consoles de linteaux figurant des monstres aquatiques de la
gueule desquels sort un fleuve, art figuratif ou abstrait, enfilade de portes
qui permet de porter la vue au loin. Je ne peux qu’imaginer la vie brillante
menée à la cour d’Akbar.

 A l’opposé de ces bâtiments sont situés les
appartements de l’empereur et de ses femmes. Les musiciens et les danseurs se
tenaient au centre d’un bassin d’eau qui assurait aussi la fraîcheur des
chambres à coucher.

Malgré le ciel couvert, la chaleur
avoisine déjà les 38°, tout le monde cherche l’ombre pour écouter les
explications de notre guide indien.

 

Quelques traces de fresques dans le
style persan subsistent dans les appartements de l’empereur qui, sans savoir
lire, était féru de savoir et recevait à sa cour savants musulmans, pères
jésuites et tous ceux qui pouvaient partager leurs connaissances avec lui.

L’aile réservée aux nombreuses concubines d’Akbar trahit des influences
indiennes.

L’aile réservée aux nombreuses concubines d’Akbar trahit des influences
indiennes. Les portes ne sont pas en vis-à-vis

pour empêcher le regard d’apercevoir les divines beautés de l’empereur.

 Dans cet univers féminin, on retrouve les
jalis qui permettent de voir sans être vu, un hammam et même des latrines.

Avant de visiter la mosquée, je
visite les toilettes locales à la turque. Propres mais sans papier, ce que j’avais
prévu. Le groupe a pris de l’avance et je me dépêche de le rejoindre, déjà
cernée par des vendeurs et des enfants demandant des roupies. Pour cette
visite, mes nerfs seront mis à rude épreuve : les pieds nus sur le marbre
et le grès surchauffés, la foule des marchands et des mendiants qui m’empêche
de regarder comme je le souhaiterais et le rythme trop rapide de la visite.
C’est dommage parce que le site en vaut largement la peine. Après avoir laissé
mes sandales à la garde du portier, j’entre dans une grande cour cernée
d’édifices décorés et traversée par des bandes de tissus qui évitent le
supplice du sol brûlant sous la plante des pieds.

La Grande Mosquée de Fatehpur Sikri
renferme le tombeau de Sheikh Salim Chishti (1480-1572), un saint ascète à la
sagesse proverbiale qu’Akbar consulta à de nombreuses reprises.

Son mausolée en marbre blanc
immaculé est ce qu’on remarque de prime abord une fois passé la porte. Tout le
monde converge dans cette direction de manière irrésistible, négligeant presque
de passer par le bassin d’ablution et de contempler la Sublime Porte, décorée
et surmontée de petits kiosques à fines colonnettes.

Je fais comme tout le monde, je
rends visite au saint. Sur le perron, des musiciens jouent de la musique
soufie, je peux voir de près cet instrument à clavier dont le son et le
fonctionnement ressemblent à celui d’un harmonium.

Je me faufile à l’intérieur de
l’édifice délimité par un déambulatoire fermé par des jalis au centre duquel se
trouve le tombeau.

Je décide de me laisser guider par
les indiens et puisque le lieu est saint, je le salue par une génuflexion avant
d’observer ce qui m’entoure. Au seuil, un « préposé » fournit les
offrandes contre rémunération. A l’intérieur, la circulation se fait par la gauche
et si la décoration est de toute beauté, ce qui retient mon attention, ce sont
les rites que font hindous et musulmans. Les gens déposent sur la pierre
funéraire, des pièces de tissu richement décorées puis y répandent des pétales
de roses dont l’odeur s’ajoute à celle de l’encens. Ensuite, ils vont nouer un
fil de coton rose ou orange aux jalis en prononçant un vœu. Le guide indien me
donne un fil rose et je vais l’attacher au grillage de marbre. Ce n’est pas
simple parce que ce treillage est très épais. Enfin mes doigts y arrivent et je
formule mon vœu puis reprends la circulation pour sortir du saint des saints.
On pourrait s’attendre à une ambiance recueillie et chuchotante dans un tel
lieu mais les indiens sont souvent très bruyants, ici aussi.  Le déambulatoire résonne de leurs
conversations sans que la ferveur en pâtisse. Le sacré est au cœur de la Vie,
de leur vie.

La visite se poursuit par la mosquée
dont je ne retiens que les longs couloirs du péristyle occupés par les étals
des marchands d’articles divers et les sensations de mes pieds à la fois
dévorés par la chaleur et irrités par les débris épars de toute espèce.

Notre guide indien hâte le pas et je
prends des photos à défaut de pouvoir contempler ce site et en savourer
l’ambiance. Rechaussé, je me sens déjà mieux à même de faire face à cinq
enfants qui me réclament des roupies. Je ne les écarte pas, je les écoute me
dire « Hello », je leur sourie en me demandant ce que je pourrais
bien leur donner. Arrivé au car, il n’en reste plus que trois dont le plus
jeune a environ 5 ans. Je partage un paquet de biscuits secs entre eux et cela
a l’air de leur plaire. M’asseoir dans le car est un soulagement après la
proximité de la foule et le harcèlement des marchands.

Avant la pause du repas, nous
visitons encore la réserve naturelle de Keoladeo. Le soleil est au zénith et
tout grille. Le car nous dépose au parking à quelques centaines de mètres de
l’entrée, le reste de la visite se fait en cyclo-rickshaw. Seul à bord ;
mon conducteur porte un turban sikh et me demande à chaque cahot si tout va
bien.

Il y a peu de grands arbres dans
cette réserve, à peine quelques eucalyptus. Le reste se compose de buissons et
de prairies jaunies. Notre guide est un ornithologiste indien à la voix de fausset
mais à l’œil de lynx qui, à l’aide de jumelles, arrive à nous montrer un pic,
une chouette, des essaims d’abeilles, des antilopes en plus de singes, de
buffles et de divers oiseaux. Les migrateurs sont déjà partis en cette période
de l’année ce qui enlève beaucoup d’intérêt à la visite. Néanmoins, la
promenade est agréable.

Nous faisons une première halte pour
voir des singes, des animaux bien agressifs avec lesquels, il vaut mieux faire
preuve de prudence.

Ensuite nous nous arrêtons à un point d’eau pour observer
des oiseaux. Il faudrait respecter un silence absolu si nous voulons avoir la
chance d’en voir plus mais les participants du groupe n’ont pas l’habitude de
ce type de visite et, de plus, ils ont faim. Je reste sur ma faim, j’espérais voir
davantage.

 

Nous reprenons la route et faisons un arrêt
dans une auberge de style anglo-indien entourée d’un beau jardin, une sorte de
havre de paix et de verdure dans le paysage desséché qui borde la route.

Je flâne un peu avant de m’attabler
dans la salle à manger pour un repas pris au buffet et arrosé d’une bière
Kingfischer, bien rafraîchissante. Le menu ne varie pas beaucoup :
épinards épicés, fromage cuit dans un sauce rouge et piquante, gratin
d’aubergines, okras aux tomates, soupe de lentilles relevée, riz blanc et
naans. Le lait caillé est délicieux et améliore l’état du système digestif mis
à mal par tant d’épices.

Nous reprenons notre route vers
Jaipur. En fin d’après midi, nous faisons une halte dans une petite cité pour
visiter un puits monumental.

L’enceinte du puits renferme un
petit musée lapidaire ainsi qu’un autel dédié à Ganesh dont les abords sont
d’une saleté remarquable, les mouches y sont légion.

                                                                                                                                           

Le puits lui-même se présente comme
un amphithéâtre dont les gradins sont remplacés par des escaliers d’une dizaine
de marches à chaque fois, permettant de descendre jusqu’au niveau de l’eau. Les
indiens ont apporté ici une réponse différente au problème résolu par les grecs
et les romains par des gradins. C’est très ingénieux et fascinant à regarder.

Le calme de ce site contraste avec
l’animation à l’extérieur de celui-ci. Je retrouve les enfants, mendiant des
roupies et je n’en puis plus, je retourne m’enfermer dans le car tandis que le
groupe rend visite à un potier. J’espère que je vais m’habituer à ce
harcèlement perpétuel ou y trouver une réponse satisfaisante pour moi. La nuit
tombe alors que nous  sommes encore en
route vers Jaipur ; arrivée tardive à l’hôtel Trident pour une courte
nuit.

A suivre….

juillet 11, 2011

Voyage au Rajasthan: 2ème épisode

Samedi 23 avril Agra

 

Réveillé aux aurores, je découvre de ma fenêtre le superbe jardin intérieur avec sa piscine et je décide d’y faire une promenade matinale.

 

Il fait divinement bon, les plantes embaument, les fleurs rivalisent de couleurs. J’entends les bruits de la ville déjà bien active et le cri des paons dans les terrains vagues. Je me sens transportée par tant de délices, je savoure pleinement l’instant, de tous mes sens.

Le programme des visites du jour comprend le Taj Mahal. Pour y parvenir, nous laissons notre car pour emprunter des calèches tirées par un cheval. Etant une « pièce rapportée », je partage la calèche avec le guide français, un amoureux des animaux comme moi. Il fait comprendre au conducteur que nous avons le temps et que son cheval ne doit pas courir. D’ailleurs celui-ci a des blessures au niveau du harnais, c’est lui qui recevra le plus gros pourboire : des biscuits secs. Il reste quelques mètres à faire à pieds jusqu’à l’entrée et nous sommes littéralement pris d’assaut par les vendeurs de guides touristiques dans toutes les langues, de bracelets en argent (disent-ils), de porte-clés, de bics décorés et autres pacotilles. Ils insistent, marchent à nos côtés, baissent les prix, font promettre que nous reviendrons visiter leur boutique, bref, se conduisent comme des mouches importunes. Je refuse poliment, disant que je n’ai besoin de rien, j’essaye de rester calme et courtois mais la lassitude m’envahit peu à peu. J’adopte alors une autre stratégie qui semble porter ses fruits : je regarde le vendeur dans les yeux en lui souriant, sans rien répondre. Une fois le regard capté, le vendeur s’écarte. Comment est interprété ce regard par ces jeunes hommes ? Je ne sais pas mais je suis désormais plus tranquille.

A l’entrée du site, nous subissons une fouille sévère, je me fais confisquer mes deux couteaux, je les retrouverai à la sortie. Nous sommes admis dans la première cour dans laquelle donnent les différentes portes d’entrée.

       

 Les bâtiments en grès rouge, incrustés de marbre blanc et noir, sont  déjà splendides, enjolivés encore par les couleurs des saris.

Nous allons découvrir un joyau de l’art moghol construit entre 1632 et 1648 par l’empereur Shah Jahan pour abriter le mausolée de son épouse favorite Arjmand Banu, sa Mumtaz Mahal, l’élue du harem. Un magnifique témoignage d’amour qui ne se limite pas au bâtiment de marbre blanc mais s’enrichit d’un jardin, le tout pour donner une représentation terrestre du paradis. Une fois passé la porte qui mène à l’esplanade derrière l’édifice en grès rouge, j’ai le souffle coupé par la pure beauté de l’ensemble.

En contrebas, une pièce d’eau rectangulaire avec des jets d’eau est bordée par quatre jardins, un véritable tapis persan. Tout au bout, flotte entre ciel et terre, la blancheur du Taj Mahal. J’avoue que c’est là le plus beau monument que j’ai jamais vu, c’est un rêve, un mirage, une hallucination. Je me tais et je contemple.

La foule des visiteurs est dense mais ici, pas de gros rires gras, de mouvements désordonnés, non, les indiens vivent ici aussi un moment religieux qui demande de la retenue et de la dignité. Leur attitude est belle, harmonieuse comme ce qui se donne à voir.

Arrivés sur la plateforme, nous devons nous déchausser et suivre la longue file qui s’étend sur deux côtés du bâtiment. C’est une occasion de détailler les nombreux motifs floraux sculptés ou incrustés dans le marbre.

 

 

A l’origine, toutes ces pierres de couleur étaient précieuses mais le fils de Shah Jahan, Aurangzeb, les fit remplacer par des pierres semi-précieuses afin de récupérer une partie de son héritage, investi par son père dans cet ouvrage. Non content de cela, Aurangzeb fit emprisonner son père au Fort Rouge d’où ce dernier avait une vue imprenable sur le mausolée de son épouse bien-aimée. Shah Jahan repose heureusement à ses côtés.

L’intérieur du Taj Mahal ne contient pas de mobilier mais toutes les surfaces sont travaillées de manière ravissante : motifs sculptés, incrustations, dentelles de pierre. De la terrasse arrière, on découvre la Yamuna presqu’à sec en cette saison.

  Nos guides nous donnent 30 minutes pour flâner sur le site, je me sens laissé à mes instincts, je m’arrête sur place pour me gorger de sensations colorées, parfumées, sonores et autres. Je vais pouvoir flairer cette beauté, m’en gorger. Ce que je fais, terminant par un circuit dans le jardin avec ses oiseaux au plumage rutilant et les points de vue charmeurs qu’il offre sur le mausolée. 

    

Au sortir de cette visite merveilleuse, nos guides nous emmènent dans un atelier qui travaille le marbre et les pierres précieuses comme les bâtisseurs du Taj Mahal. A l’entrée, je découvre la climatisation made in India, un astucieux appareil muni d’un ventilateur située derrière une paroi en paille arrosée d’eau en permanence : fraîcheur garantie.

Nous voyons travailler les ouvriers et surtout nous découvrons les réalisations de cette manufacture. Après un petit exposé en français sur l’art de la marqueterie de pierre et un verre de cola (Pepsy ou Coca), nous voilà lâchés dans le magasin pour admirer les pièces et sortir les nôtres de nos portefeuilles.  J’admire : plaisir des yeux. 

 

Après le repas pris au restaurant de l’hôtel, j’ai le temps de m’étendre pour une minuscule sieste avant de repartir pour la visite du Fort Rouge. Cette forteresse construite par Akbar de 1565 à 1574 fut remaniée par Shah Jahan qui y fut emprisonné par son fils de 1658 à sa mort en 1666.

Au-delà des portes et des murailles, c’est une succession de cours, de pavillons, de chambres, de terrasses avec vue sur le Taj Mahal.

 

Les porches, les linteaux et les chapiteaux de colonnes sont remarquablement sculptés.

 

             Les toits s’ornent de clochetons bulbeux du plus bel effet, la présence d’un jardin intérieur apporte la touche végétale dans cet univers minéral.
La vie se passait à la fois dehors et dedans, dans un luxe que la nudité actuelle des lieux ne laisse plus deviner. Il devait y avoir profusion de tapis, de tentures, de coussins, sans compter les costumes magnifiques, les parfums et la musique omniprésente chez les mogholes.

Pendant que notre guide rajpoute donne des explications en français, des groupes d’indiens s’arrêtent et nous regardent comme des badauds. Nous devenons aussi un spectacle. Mais il suffit que les regards se croisent, que je souris et les voilà souriant à leur tour. Parfois la conversation s’engage par un « Where are you from ? » à la prononciation incertaine. Le père me présente ses enfants, la lycéenne me demande comment je trouve son pays. Il m’est même arrivé d’être photographié. Quelle curiosité !  Quelle bienveillance ! Cela me réjouit. 

La visite suivante est curieuse : nous allons visiter un musée de la broderie. Je m’attends à voir des chefs d’œuvre de cet artisanat de la peinture à l’aiguille mais c’est autre chose que nous découvrons. Il s’agit de la collection personnelle d’un créateur de broderies qui ont la particularité d’être en relief. Nous passons devant des oiseaux colorés plus vrais que nature, des tigres, des bouquets de fleurs, des paysages, une vue du Taj Mahal, le tout admirablement réalisé. Après cet apéritif, un assistant du patron nous fait entrer dans une salle obscure pour un spectacle particulier. Depuis un ordinateur portable, il commande les commentaires en français, la musique de fond, le lever des rideaux devant les tableaux brodés ainsi que la direction dans laquelle nous devons regarder. La mise en scène provoque l’amusement, ce qui n’enlève rien à la qualité de ce qui nous est montré. Certains tableaux ont demandé des mois, voire des années de travail. Les sujets d’inspiration orientale sont les mieux réussis. Notre brave présentateur s’emmêle un peu dans la technique, les commentaires sont en retard mais surtout, il ne réalise pas qu’il a affaire à des français qui commentent chaque pièce avec enthousiasme sans se préoccuper de la présentation préenregistrée. Là où je ne peux plus garder mon sérieux, c’est lorsque le rideau se lève sur le Christ en bon pasteur avec des moutons bien grassouillets et un commentaire bénévolant.  Je photographie le sujet.

 

Après ce moment cocasse pour nous, occidentaux, les choses sérieuses commencent, au premier étage où se situe la bijouterie Kohinoor. Tout est à vendre ou plutôt à acheter, nous pouvons tout essayer même des parures en émeraude pesant plusieurs kilos. Pendant que mes compagnons de voyage écoutent les commentaires avisés du patron et de ses assistants, je m’esquive pour flâner dans le magasin. Tout est de qualité irréprochable, de très bon goût mais je n’ai nulle envie d’acheter. Un vendeur plus âgé engage la conversation avec moi et me parle de sa famille. Il me pose des questions sur ce que je fais, je tente de répondre honnêtement. Je sens chez mon interlocuteur une simplicité sans détour très éloignée de notre façon de faire européenne avec sa pratique de la langue de bois. C’est rafraichissant de découvrir qu’il existe encore des rapports humains dénués de faux semblants.

 A suivre….

juin 10, 2011

Voyage au Rajasthan: 1er épisode

 

Cher lecteur,

 

De retour d’Inde, émerveillé par ce pays, je souhaite partager avec vous mon enthousiasme ou ma stupéfaction face à ce que j’y ai découvert.

Je n’ai jamais été attiré par la photographie, mes clichés valent peu mais c’est parfois la seule façon de transmettre ce que j’ai vu là-bas.

Et maintenant, en route….

 

Mercredi 20 avril 2011 – Première étape : Paris – Charles de Gaulle

Après un voyage en train sans histoire, je débarque avec ma valise et mon sac à dos à Roissy où je passe la première nuit pour pouvoir enregistrer tôt le lendemain.

Mon hôtel se situe près du terminal 3, j’emprunte la navette pour m’y rendre.  J’ai choisi l’hôtel Ibis dont je connais les performances. De toute façon, la nuit sera courte : le check-in est à 7h30 le lendemain.

Avant de prendre mon repas, je reprends la navette pour repérer les lieux d’embarquement et savoir le temps nécessaire pour m’y rendre (30 min.) 

19h30, souper, avec au dessert un délicieux moelleux au chocolat cuit à point. A une autre table, trois voyageurs chinois ont de la peine à se faire comprendre, ils ne parlent pas l’anglais et montrent dans l’assiette des convives ce qu’ils désirent manger. Après avoir remué ciel et terre, le restaurant déniche un membre du personnel qui parle une langue intelligible pour eux.

Revenu dans ma chambre, je regarde la télévision pour constater que rien n’a changé en la matière, c’est toujours en dessous de tout. Je suis une série policière au discours très « psy », c’est lamentablement médiocre.

 

Jeudi 21 avril 2011 Journée en avion vers Delhi

Levé à 5h45 après une mauvaise nuit de sommeil. Petit déjeuner léger (pain et tisane de tilleul) et en route pour l’enregistrement. A 7h, je passe la douane sans aucune difficulté, je vais pouvoir trainer dans la zone d’attente jusqu’à l’heure du départ à 10h30. J’achète un polar et une revue en anglais pour réactiver ma connaissance de la langue.

Dans le salon d’attente n°9 sont déjà réunis de nombreux indiens aux tenues colorées, un avant goût. Je regarde les gens, mon grand plaisir habituel. Vers 10h, on nous annonce un changement de porte d’embarquement. J’émigre vers le salon 6 où attendent aussi des indiens, une attente prolongée de 30 minutes : l’avion n’est pas prêt. Je trouve un siège à côté d’un homme profondément endormi. Ses bagages me renseignent sur sa destination, il va à Bombay. Il y a devant moi un fauteuil massant qu’une jeune femme essaye avec de nombreux gloussements de plaisir. Décidément, un aéroport ne manque pas de distractions. J’entends le premier appel pour le vol vers Bombay qui a lui aussi changé de porte. Je me dis que mon voisin n’a sans doute pas entendu l’appel et après quelques minutes, j’ose le réveiller pour lui demander quelle est sa destination. Il aura juste le temps nécessaire pour embarquer.

45 minutes de retard plus tard, nous embarquons. Je suis assis près de la fenêtre, côté aile ce qui me permet néanmoins de voir le sol. La place à côté de moi reste inoccupée, je pourrai faire une sieste dans des conditions plus agréables. Le plan de vol me signale que nous survolons Paris, Luxembourg, Nürnberg, Prague, Cracovie. Le paysage est très vert, plus nous avançons vers l’est et plus le relief semble accidenté. Nous longeons ensuite les Carpates, survolons Odessa, la Mer Noire, Bakou, la Mer Caspienne, Krasnovodsk, Meched et le paysage change, devient plus minéral, plus sec et jaune.

Il est 17h et le soleil se couche dans un lit de nuages roses de toute beauté. Après avoir survolé Kaboul et Lahore, j’aperçois les lumières de Delhi, cela scintille comme des diamants dans la nuit.

Il est 22h20 heure locale, soit trois bonnes heures de décalage lorsque je débarque dans le grand aéroport moderne de Delhi. Le passage de l’émigration est un peu laborieux et surtout très bureaucratique. Je remplis le document sans me soucier trop de l’exactitude des données, l’important pour le préposé, c’est que toutes les cases soient remplies. Avant de récupérer ma valise, je change 50 euros en roupies (3000).

Dans le hall d’accueil bondé, je retrouve le guide indien, muni du panonceau de l’organisateur du circuit et en attendant le reste du groupe, je me rince l’œil au spectacle de cette foule très bigarrée qui déambule paisiblement au milieu des chariots de bagages. Finalement, le guide français arrive avec le reste des participants : nous sommes onze, six couples et moi. A l’air libre, la chaleur me tombe sur le dos, 32° sec avec un peu de brise, très agréable. Les alentours de l’aéroport ressemblent à un no mans land avec béton et poussière.

Nous embarquons dans notre autocar « made in India » et entamons 40 minutes de routes surchargées de trafic malgré l’heure tardive pour rejoindre notre hôtel. Je distingue des campements militaires bien clôturés, de la végétation sur les bas côtés et une circulation anarchique que les coups de klaxon du chauffeur tentent de régenter. Nous traversons des quartiers plus aérés probablement dans New Delhi, il y a des ronds points, des carrefours, de longues avenues bordées de gros bâtiments qui se devinent dans l’obscurité. Nous roulons à gauche évidemment mais ici le code de la route connait de multiples interprétations, il faudra s’y faire.

Enfin, nous nous engageons sur la rampe d’accès de l’hôtel Méridien, un palace à l’entrée très impressionnante. Comme dans chaque hôtel, il faut passer par un portique de sécurité identique à celui de l’aéroport. En Inde, on ne badine pas avec la sécurité des touristes. Le hall est déjà spectaculaire par sa grandeur, nous y recevons le collier de tagètes et un verre de bienvenue puis c’est le contrôle des passeports et enfin la remise des clés. J’ai hâte d’être dans ma chambre pour pouvoir me reposer après cette longue journée.

Les ascenseurs extérieurs surplombent un atrium, une vue vertigineuse. La chambre n’est pas moins grandiose par son décor moderne, je ne résiste pas au plaisir de faire quelques photos. Mon appareil photographique jouera le rôle de seconde mémoire, il y a tant à voir que mon cerveau n’a pas le temps de graver ces images dans sa conscience. Le départ étant prévu pour 8h30 le lendemain, je ne tarde pas à me coucher.

 

 

 

 Vendredi 22 avril 2011 Delhi

J’ouvre le rideau pour un premier regard sur l’Inde. Je vois le sommet des arbres, quelques oiseaux dans le ciel et la ville avec ses entrelacs de fils électriques, d’antennes et quelques paraboles. Petit déjeuner buffet, mi-occidental, mi-indien avec beaucoup de fruits. Les autres participants du groupe sont répartis à d’autres tables. J’entame une conversation avec une voyageuse australienne qui a déjà visité l’Inde. « Voir le Taj Mahal et mourir ! » Je vais me contenter de voir le Taj Mahal, le reste attendra.

Départ à 8h30 pour la visite de la ville, je photographie des ambiances de rues. Tout me parait stupéfiant, la foule, le mouvement, les couleurs des saris, les petits commerces en tous genres. Je n’ai pas assez d’yeux pour regarder.

Arrivés dans la vieille ville aux rues étroites et encombrées, nous visitons la Grande Mosquée, Jama Masjid (1650-1656). Une volée de marche, les premiers marchands, dépôt des chaussures sur le seuil, inspection de la tenue vestimentaire : toutes les femmes sont revêtues de grandes robes au tissu fleuri, les hommes sont priés de cacher leurs mollets dans une sorte de paréo plus sobre. J’échappe à ce déguisement grâce à mon pantalon long, ma chemise à longues manches et surtout le foulard (indien) dont je me suis déjà couvert la tête. Pour éviter de se brûler la plante des pieds, le guide nous a conseillé de porter des chaussettes, très bonne idée aussi pour éviter la saleté du sol (fiente de pigeons, notamment). La cour centrale est bordée sur les quatre côtés par des murs crénelés. Les bâtiments sont surmontés de dômes à bulbes, nous voyons le premier exemple de marqueterie sur pierre : du marbre noir serti dans le marbre blanc et figurant quelque sourate du Coran. La moitié de la cour est couverte de draps attachés à des anneaux fixés aux murs pour éviter la chaleur déjà intense du soleil. Vu l’heure matinal, il y a peu de monde et l’endroit invite à la flânerie, au recueillement. Du côté opposé à l’entrée se tient un petit marché. C’est là qu’on peut trouver les hôtels pour routards où l’on peut se loger à peu de frais pour peu de confort. L’Inde n’est plus se qu’elle était, plus moyen de vivre une journée complète pour 20 euros, cette époque mythique est révolue, le mirage s’est incarné dans une modernité réaliste. Une petite fille me regarde. Je demande au guide local comment dire « bonjour ». C’est mon premier « namasté » auquel la fillette répond par un magnifique sourire. Je fonds devant tant de grâce.

 Le car nous reprend et nous traversons la ville neuve avec ses espaces verts et ses bâtiments de style victorien pour nous rendre au Raj Ghat, lieu où fut incinéré le Mahatma Gandhi le 31 janvier 1948. Il s’agit d’un grand jardin au centre duquel se situe une simple pierre noire devant laquelle les gens viennent s’incliner avec respect. Il fait chaud maintenant, le soleil s’active mais c’est très supportable au cause de l’air sec et d’une brise qui souffle de temps à autres, apportant des parfums de fleurs et d’autres effluves non-identifiés.

 Nous remontons dans le car, retraversons New Delhi et ses   grandes avenues, saluons au passage India Gate abritant le soldat inconnu. Les Indiens ont combattu aux côtés des anglais lors de la Première Guerre Mondiale, perdant quelques 100.000 soldats. Nous faisons plusieurs fois le tour d’un rond point pour admirer l’imposant ancien palais des vices rois des Indes, nous passons devant le Fort Rouge que nous ne visiterons pas, ayant d’autres occasions au cours du voyage de visiter des forts moins abimés que celui-ci.

   

Non loin de là, dans Chandni Chowk, nous avons la chance de visiter un temple sikh. Nous laissons chaussures et chaussettes dans un parloir gardé par un digne représentant de cette religion, la tête doit être couverte pour tous et à cet effet on nous fourni des chiffons couleur safran du plus bel effet pour les messieurs. Plongée dans la foule, escalier de marbre blanc aux dalles chauffées par le soleil (heureusement qu’il y a des tapis), arrivée sur une esplanade où l’on vend une pâte sucrée destinée aux offrandes. Le commerce marche bien dans les temples et les mosquées, tout le monde s’y retrouve.

Dans le sanctuaire, la ferveur est à son comble : musique, chants, procession autour du tombeau du saint martyre, gens en prière. C’est très étonnant. A la sortie, deux préposés distribuent à chacun une part de la pâte sucrée qui n’a pas été offerte à la divinité. Cette manière de communion est présente aussi dans les temples hindouistes où l’on offre de la noix de coco et des bonbons en sucre blanc à la divinité ainsi qu’aux assistants. Nous passons devant un bassin d’ablutions qui ressemble à une piscine.

Après nous être rechaussés, nous allons visiter les cuisines attenantes au temple. Tous les jours, des repas végétariens gratuits sont distribués à ceux qui le souhaitent.

                                                                   La préparation des légumes se fait à l’extérieur.

Nous entrons dans un antre à la chaleur d’étuve.

                                                                         Il y a tout d’abord la machine à faire les naans (depuis la pâte jusqu’à la cuisson),

                                                                                                                                                                                                                                                            

                                                                                                                                                                                                                                                                                                 

 puis les pétrisseuses de galettes,                                                                                                

les chaudrons posés sur des fournaises où mijotes des légumes,

ensuite la cuisson des galettes.

Le sacré s’étend à la rue aussi avec de petits temples bien fleuris,

du plus modeste au plus raffiné, sur le trottoir ou le long d’un arbre.

La religion est partout et dans tous les actes de la vie.

                                                                                           

 Le commerce aussi d’ailleurs, tout se vend mais attention à l’hygiène.

        Ces appétissants jus de citron bien frais   ne sont pas fabriqués avec de l’eau filtrée,

 les gâteaux frits, les samosas et autres délices sont frits dans le l’huile douteuse et hautement toxique.

Mieux vaut s’abstenir de manger dans la rue.

Dans celle-ci, on rencontre toute une faune :

éléphants, vaches, chiens, chèvres, dromadaires et même des porcs qui vont d’un tas d’ordures à un autre.

La dernière visite de la matinée sera consacrée au Qutb Minar, complexe construit par les musulmans avec du matériau de réemploi venant de temples hindous.

 La tour, symbole de pouvoir s’élève à 72 mètres au dessus du sol, sa construction fut entreprise à partir du 12ème siècle. Plusieurs mosquées en ruine se trouvent dans un charmant parc fréquenté par les promeneurs et les écureuils.

 

Dans les édifices, les plafonds sont toujours remarquablement travaillés. Là où il y a moyen de tailler de la dentelle que ce soit dans la pierre ou dans le bois, les bâtisseurs ne s’en privent pas. Les portes sont travaillées de cette manière ainsi que les splendides jalis occultant les fenêtres pour permettre aux femmes de voir sans être vues. 

Nous quittons le royaume du grès rouge pour aller nous restaurer, il est près de 13h, il fait chaud, la matinée à été longue, il me tarde de me reposer. Heureusement que nous avons des bouteilles d’eau fraîches et un semblant de climatisation dans le car. Repas chez Waves, cuisine locale, bière fraîche (Kingfisher), je m’abstiens de dessert : c’est de la glace. 

Vers 15h, nous nous mettons en route pour Agra distante de 200 km de Delhi. Il nous faudra 5h d’autoroute pour y arriver, le soleil sera déjà couché en arrivant à l’hôtel.

Pourquoi tant de temps ? Parce qu’on trouve de tout sur les autoroutes indiennes : des camions, des voitures, des vélos, des tracteurs, des dromadaires et des vaches errantes. La vitesse s’en trouve ralentie d’autant.

Ces voies rapides traversent de petites agglomérations où il vaut mieux ralentir.

Cela a du charme, je me remplis les yeux au spectacle de la rue :  le vendeur de concombres au sel,

les chiens qui dorment dans la poussière, les femmes qui cuisinent en pleine rue, à côté des vaches et des cochons.

Dans les campagnes, la deuxième moisson se termine, les épis ont été coupés, certains sont entassés en attendant d’être broyés pour le fourrage. Les champs sont dénudés et roussis par le soleil.

L’assistant chauffeur de notre car nous approvisionne en bouteilles d’eau à un prix très démocratique. Avec le temps chaud et sec, il faut boire plus que d’habitude, jusqu’à 5 litres par jour. Je ne me fais pas prier.

L’entrée dans Agra est longue et pénible, tout est embouteillé et j’ai hâte d’arriver à l’hôtel. Enfin vers 20h30, je peux prendre possession de ma chambre à l’hôtel Trident. J’éteins la climatisation pour éviter tous les maux liés à ce fléau : coup de froid, névralgie et autres. La chaleur est très supportable et je commence à m’y habituer. Je constate que mon corps fonctionne mieux par 40°, il ne doit plus faire d’effort pour maintenir sa température. Décidément, je tiens du reptile.

A suivre….

 

 

novembre 5, 2010

James Ensor et la musique

Filed under: Art — sweelinck @ 12:58

 

James Ensor était un mélomane averti faisant intervenir couramment des éléments musicaux dans ses œuvres picturales. Alors qu’il ne lit ni n’écrit la musique, le peintre laisse à la postérité une série de compositions dans le style de la musique de salon à défaut de laisser traces des improvisations originales au piano et à l’harmonium qui ravirent et surprirent ses contemporains.

 

  

Né à Oostende en 1860 de père anglais et de mère flamande, il grandit dans la boutique de souvenirs de sa grand-mère, véritable caverne aux trésors où se côtoient coquillages, masques, objets saugrenus et chinoiseries diverses. L’aménagement de son appartement, converti aujourd’hui en musée, suggère ce que fut ce  cabinet de curiosités dans lequel trône l’harmonium du maître.

 

Bruxelles l’accueille entre 1877 et 1880 pour y recevoir les conseils de Jean Portaels, directeur de l’ l’Académie de peinture. Ses premières compositions, faites de pâte épaisse et sombre sont des peintures à caractère réaliste et d’atmosphère psychologique. Ainsi la toile intitulée la Musique russe (1881) représente Willy Finch écoutant Anna Boch jouer du piano « deux peintres communiant dans la musique alors qu’un troisième immortalise ce moment ».

 

 

En 1883, Ensor participe à la création du groupe Les XX, cercle artistique d’avant-garde fondé à Bruxelles à l’initiative d’Octave Maus. Il y côtoie des peintres et graveurs (William Degouve de Nuncques, , Félicien Rops, Léon Spilliaert, Fernand Khnopff).

Ses thèmes favoris commencent à voir le jour dans sa peinture: les squelettes, les carnavals, les scènes de la vie du Christ, les masques. On peut s’en douter, les salons, les critiques et ses contemporains ne lui font pas bon accueil. Ce sont finalement des écrivains comme Maurice Maeterlinck et Émile Verhaeren qui vont comprendre son œuvre qui ne fut appréciée à sa juste valeur qu’après la Première Guerre mondiale.

 

 

En 1911, Ensor achève un ballet-pantomime dont il dessine et peint les costumes. La Gamme d’Amour est notée sur papier par les soins d’André Moucque et créée en 1913 à Ostende, sans chorégraphie ni décor mais avec une orchestration de Michel Brusselmans. L’œuvre fut représentée à part entière au KVO d’Anvers le 27 mars 1924 et édité en 1929 dans une édition spéciale pour piano, illustrée de lithos. L’enregistrement présenté ici permet d’entendre des extraits de ce ballet sous les doigts de la pianiste Suzanne De Neve.  Ce disque permet aussi d’entendre la Marche des Rotariens ostendais (1923) ainsi qu’une valse-caprice (c1930) qui nous plongent dans une ambiance de jovialité bon enfant.

 Personnage supérieurement doué, James Ensor a également laissé un nombre impressionnant d’écrits au style pittoresque et truculent. Ce disque se termine par un précieux témoignage : James Ensor prononçant le Discours aux Masques loyaux et autres, allocution tenue à l’occasion du vernissage de la rétrospective de son œuvre qui s’est tenue au Palais des Beaux Arts de Bruxelles en 1929. Une belle illustration de la personnalité hors du commun de ce peintre génial.  

 

 

 

 

 

 

août 13, 2010

La Geste Noise : Et la Machine fut !

Et cela changea radicalement l’environnement sonore des hommes, leur permettant d’accélérer le rythme de leur vie. Le vrombissement d’un moteur acquit un charme indéniable aux oreilles des nouveaux esthètes.

En février 1909, Filipo Tomasso Marinetti fit paraître son manifeste du Futurisme concernant la littérature et la poésie. Deux ans plus tard, Francesco Balilla Pratella s’adressait aux compositeurs pour présenter les lignes de force de ce courant dans son Manifeste des musiciens futuristes.

Le 9 mars 1913, le peintre et compositeur Luigi Russolo (1887-1947) publie le manifeste L’Arte dei Rumori (L’Art des Bruits), qui pose les bases conceptuelles du bruitisme. Russolo y soutient l’idée que l’oreille humaine s’est familiarisée avec la vitesse, l’énergie et le bruit de l’environnement sonore urbain et industriel, et que cette nouvelle palette sonore nécessite une approche renouvelée des instruments et de la composition musicale. Les Futuristes italiens ont essayé de fonder une nouvelle construction du musical sur des éléments qui n’étaient pas encore qualifiés d’objets sonores, mais qui comme “bruits” de la vie courante possédaient par nature une fonction dédiée à notre environnement. Russolo tente ensuite d’explorer la variété des sons-bruits et de les ranger dans six grandes familles de bruits : grondements, éclat, bruit d’eau tombante, bruits de plongeon, mugissements ; sifflements, ronflements, renâclements ; murmures, marmonnements, bruissements, grommellements, grognements, glouglous ; stridences, craquements, bourdonnements, cliquetis, piétinements ; bruits de percussions (obtenus en frappant diverses matières: métal, bois, peaux, pierres etc.) ; voix d’hommes et d’animaux (cris, gémissements, rires, sanglots etc.). Russolo affirme que ce sont les bruits les plus fondamentaux, et que tous les autres peuvent s’obtenir à partir de combinaisons de ceux-ci.

Il conçoit un grand nombre d’instruments bruitistes, les intonarumori. Chaque instrument était fait d’une boîte de résonance en bois en forme de parallélépipède avec un pavillon en carton ou en métal. L’interprète tournait une manivelle pour produire un son dont la hauteur était contrôlée au moyen d’un levier placé au sommet de la boîte. Le levier pouvait être déplacé le long d’une échelle de tons, demi-tons et les gradations intermédiaires avec une tessiture dépassant l’octave. A l’intérieur de la boîte se trouvait une roue en bois ou en métal (d’un diamètre variant selon le modèle) qui mettait en vibration une corde en boyau ou en métal. La tension de la corde était modifiée au moyen du levier permettant des glissandos ou des notes spécifiques. A une extrémité de la corde, une membrane transmettait les vibrations à un pavillon. Il existait 27 variétés d’intonarumori dont le nom (Gorgogliator, ronzatore, ululatore, crepitatore) reflètait le son produit: ululement, crépitement, explosion, gazouillis, bourdonnement, sifflement etc. Risveglio di una citta de Russolo donne un aperçu de la diversité de ces sons. Il mit en place un orchestre d’intonarumori pour jouer son Gran Concerto Futuristico (1917) ainsi que Corale/serenata (1921), œuvre de son frère Antonio. Cette composition reçut un accueil très hostile et violent, ainsi que son auteur l’avait prévu. Le premier concert d’un orchestre de bruiteurs eut lieu le 21 avril 1914 à Milan.

Ces recherches influenceront d’autres compositeurs comme Edgar Varèse, Arthur Honegger et les Futuristes russes.

Au nombre de ces derniers, Arseny Avraamov (1886-1944) joue un rôle important dans la vie musicale juste après la Révolution d’Octobre 1917. Il entreprend des recherches sur les micro-intervalles et les gammes non-tempérées, allant même jusqu’à proposer de détruire tous les pianos parce qu’ils gâchent l’oreille des étudiants et des musiciens par leur côté limité (12 sons). Dès les années 1930, il pressent l’invention de la musique synthétisée .  Ayant le désir de laisser au prolétariat son pouvoir de décision, il décide de créer une œuvre monumentale prolétarienne dans laquelle il n’utiliserait que des sons directement issus des usines et des machines. Pour cela, il organise des concerts monumentaux qu’il nomme « Symphonie de sirènes » Il donne ces concerts dans différentes villes pour  fêter l’anniversaire de la Révolution : Nizhny Novgorov (1919), Rostov (1921), Baku (1922) et Moscou (1923). Le concert de Baku (Azerbaijan) est le plus élaboré : des chœurs de centaines de voix, les cornes de brume de la flotte Caspienne, deux batteries d’artillerie, plusieurs régiments d’infanterie, des hydravions, 25 locomotives et leurs sifflets, et toutes les sirènes des usines de la ville. Il invente même des instruments comme la machine à sifflets à vapeur, un ensemble de 20-25 sirènes accordées pour jouer l’Internationale. Il conduit la symphonie depuis une tour construite pour l’occasion, les bras munis de drapeaux de couleurs pour indiquer quel groupe doit jouer et à quel moment. Il n’y a pas de public : tout le monde participe à l’exécution de l’œuvre, uni dans le même élan révolutionnaire. 

A suivre….

janvier 19, 2010

La Geste Noise : son, bruit et musique.

Filed under: Musique — sweelinck @ 1:23
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Au commencement était le ….

Vous avez probablement complété la phrase.

Quel est le terme que vous avez hoisi ?

Je pense pouvoir affirmer que ce n’est pas celui que j’ai choisi : « son »

Oui, au commencement est le son, cette onde se transmettant dans un milieu élastique, l’air par exemple, et mettant en vibration les corps aptes à vibrer, le tympan dans l’oreille interne ou une simple corde tendue. Ce phénomène dans le sens premier du terme, se perçoit par un dispositif adéquat, l’oreille. Restons- en là, à ce stade, je n’envisage que la sensation auditive en tant que ressenti.

Entendre, cela commence ainsi. Ce n’est qu’ensuite que le cortex humain (sans parler des animaux) donne au son une signification. Nous quittons la phase de ressenti pour entrer dans la phase de réfléchi et c’est ici qu’entre en jeux nos catégories, du moins si nous n’y prêtons pas garde.

Ouh, le méchant bruit !

Il a bien mauvaise presse, le bruit. Souvent décrit comme un phénomène acoustique produisant une sensation auditive considérée comme gênante et désagréable, le bruit en arrive à se dissimuler derrière d’autres appellations : bourdonnement, brouhaha, bruissement, chuintement, clapotis, claquement, cliquetis, craquement, crépitement, cri, crissement, déflagration, détonation, éclatement, explosion, fracas, friture, froissement, frôlement, gargouillement, gazouillement, gémissement, grésillement, grincement, grognement, grondement, hurlement, murmure, pétarade, pétillement, râlement, ramage, ronflement, ronron, roulement, rumeur, sifflement, stridulation, tintement, ululement, vagissement, vocifération, vrombissement, j’en passe et des meilleurs.

Nous sommes, vous l’avez compris, dans une représentation binaire : bien – mal.

« Le bruit ce n’est pas de la musique » ou l’inverse « ce n’est pas de la musique, c’est du bruit »

Peut-on faire de la musique avec du bruit ? Réponse : oui.

Faire de la musique, c’est l’art d’organiser une durée avec des éléments sonores, de combiner les sons selon des règles variant selon les lieux et les époques.

J’aimerais au fil de ces pages, vous faire redécouvrir ce phénomène acoustique sous un autre jour, son meilleur jour.

Commençons donc par le commencement, écoutons ce qui est considéré comme du bruit.

A vous de jouer à identifier ces simples bruits
Bruit extérieur 1 by sweelinck

Bruit extérieur 5 by sweelinck

Bruit extérieur 4 by sweelinck

Vous les avez reconnus ?

Ecouter, cela s’apprend et se perfectionne, il « suffit » d’appréhender le son pour lui- même.

Maintenant, raffinons cette écoute : y a-t-il un mouvement dans la séquence sonore ? Y a-t-il plusieurs sources sonores ? Dans quel ordre chronologique apparaissent-elles ?
Bruit extérieur 3 by sweelinck
Bruit extérieur 2 by sweelinck

Ecoutez les bruits autour de vous. Dans la rue, en attendant le tram, le métro.

Ecoutez les bruits à l’intérieur de vous, le coeur, l’intestin, le bruit mental.

Essayez de faire silence en vous.

Ecoutez le silence. Qu’entendez-vous ?

A suivre.

mars 13, 2009

La Saga Marcel Proust: épisode 2

Vous qui avez découvert la première partie de mon reportage proustien, je vous invite à découvrir la suite :

A la Recherche du temps perdu

Marcel Proust à l’écran

Bonne visite

Sweelinck

février 27, 2009

La Saga Marcel Proust – Episode I

Filed under: Lectures — sweelinck @ 1:53
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marcel-proust2

Pourquoi vous le cacher ? Je suis une fervente lectrice de l’oeuvre de Marcel Proust et une adoratrice de la Belle Epoque, de son univers à la fois luxueux et misérable.  Je me propose donc de vous entraîner à ma suite dans l’exploration de cette somme qu’est A la Recherche du temps perdu.

Prémier épisode: sa vie.

Fils d’un professeur de médecine réputé, Valentin Louis Georges Eugène Marcel Proustest né le 10 juillet 1871 à Auteuil, dans une famille fortunée qui lui assure une vie facile et lui permet de fréquenter les salons mondains.

En 1894, il publie Les Plaisirs et les Jours, un recueil de poèmes en prose, portraits et nouvelles dans un style décadent. Cet album est illustré par Madeleine Lemaire dont Proust fréquente assidûment le salon avec le compositeur Reynaldo Hahnavec lequel il entretient une relation amoureuse dès 1894. Proust se fait dans le monde littéraire une réputation de mondain dilettante qui ne se dissipera qu’après la publication des premiers tomes de À la recherche du temps perdu.

Sa mère, Jeanne Weil, fille d’un agent de change juif d’origine alsacienne, lui apporte une culture riche et profonde et une affection parfois envahissante.

Son père, Adrien Proust, fils d’un commerçant d’Illiers (Eure-et-Loir), professeur à la faculté de médecine de Paris, est le premier grand hygiéniste français, conseiller du gouvernement pour la lutte contre les épidémies.

En 1873, naît son frère Robert qui reprendra la vocation de son père en se faisant médecin. La famille occupe un bel appartement au boulevard Malesherbes.

  

Dès son enfance, Marcel est atteint par l’asthme, une affection (aux deux sens du terme) qui entravera son existence par de fréquentes crises, d’origine psychosomatiques.
Après des études au Lycée Condorcet, au cours desquelles il se lie avec Lucien Daudet, fils du romancier Alphonse Daudet et avec Jacques Bizet, le fils du compositeur Georges Bize et de madame Strauss dont Marcel fréquentera le salon dès 1890, il devance l’appel sous les drapeaux et accomplit son volontariat à Orléans. Quelques rencontres d’importance se succèdent : Robert de Montesquiou, modèle présumé du baron de Charlus, d’Henri Bergson dont il suivra les cours à la Sorbonne et dont l’influence sur son œuvre a été parfois jugée importante.

  À partir de l’été 1895, il entreprend la rédaction d’un roman qui relate la vie d’un jeune homme épris de littérature dans le Paris mondain de la fin du XIXe siècle. Publié en 1952, ce livre, intitulé, à titre posthume, Jean Santeuil, du nom du personnage principal, est resté à l’état de fragments mis au net, mais ne constitue pas un ensemble achevé. Proust y évoque notamment l’Affaire Dreyfus dont il fut un des acteurs passionnés. Il est ainsi un des premiers à faire circuler une pétition favorable au capitaine français accusé de trahison, pétition qu’il fit signer par Anatole France.

 Il se tourne alors vers l’esthète anglais John Ruskin. Cet intellectuel anglais touche-à-tout ayant interdit qu’on traduise son œuvre de son vivant, Proust le découvre dans le texte et au travers d’articles et d’ouvrages qui lui sont consacrés. À la mort de Ruskin, en 1900, Proust entreprend de le traduire. À cette fin, il entreprend plusieurs « pèlerinages ruskiniens », dans le Nord de la France, à Amiens notamment et surtout en Italie à Venise, où il séjourne avec sa mère, à Padoue et à Vérone. Cet épisode fut repris dans Albertine disparue. Il effectue aussi un séjour en Belgique et aux Pays Bas où il découvre Vermeer de Delft. 

 Les parents de Marcel jouent d’ailleurs un rôle déterminant dans le travail de traduction. Le père l’accepte comme un moyen de mettre à un travail sérieux un fils qui se révèle depuis toujours rebelle à toute fonction sociale et qui vient de donner sa démission d’employé non rémunéré de la Bibliothèque Mazarine. La mère joue un rôle beaucoup plus direct.

 

Marcel Proust maîtrisant mal l’anglais, elle se livre à une première traduction mot à mot du texte anglais, à partir de ce déchiffrage, Proust peut alors « écrire en excellent français, du Ruskin », comme le nota un critique à la parution de sa première traduction, La Bible d’Amiens (1904).

 Si ce travail, ainsi que la deuxième traduction, Sésame et les lys(1906), est salué par la critique, le choix des œuvres traduites ne se révèle pas heureux et l’ensemble est un échec éditorial. Marcel Proust établit alors une collaboration avec le Figaro en tant que chroniqueur mondain.

 C’est pourtant pour le futur écrivain un moment charnière où s’affirme sa personnalité.  Proust prend progressivement ses distances avec Ruskin, il critique ses positions esthétiques, notamment  son idolâtrie esthétique, critique qu’il adressa également à Robert de Montesquiou et qu’il fit partager par Swann et Charlus dans  À la Recherche du temps perdu dont la rédaction débute en 1910.

Après la mort de ses parents, sa santé déjà fragile se détériore davantage. Il vit reclus et s’épuise au travail. Son œuvre principale, À la recherche du temps perdu, est publiée entre 1913 et 1927 ; le premier volume est édité à compte d’auteur chez Grasset, mais très rapidement les éditions Gallimard reviennent sur leur refus et acceptent le deuxième volume À l’ombre des jeunes filles en fleurs pour lequel il reçoit en 1919 le prix Goncourt. Il éprouve en 1913, une ardente passion pour son chauffeur Agostinelli. Son homosexualité inavouable dans la société de l’époque est latente dans son œuvre.

Il travaille sans relâche à l’écriture des cinq livres suivants de À la recherche du temps perdu, traversant la Première Guerre Mondiale dont il nourrit son roman. Dormant le jour, sortant pour prendre ses repas au Ritz en compagnie de Jean Cocteau, de Paul Morand et de tous ceux qui font parler d’eux dans le monde culturel. Il ne rentre qu’aux petites heures pour écrire ou dicter à sa gouvernante Céleste Albaret les nouveaux épisodes de son roman.

Il meurt épuisé, le 18 novembre 1922 emporté par une bronchite mal soignée.
Marcel Proust est enterré au cimetière du Père-Lachaise à Paris.

Voulez-vous  découvrir les illustrations de cet article ?

Rendez-vous sur:  http://www.lamediatheque.be/dec/portraits/marcel_proust/index.php

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

septembre 11, 2008

Éloge de la paresse

Filed under: Editorial — sweelinck @ 11:32
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« La paresse, goût pour l’oisiveté, comportement qui évite l’effort. »

(Petit Robert)

 

Voici une définition qui me plaît beaucoup.

 

 

Pourquoi donc ce si beau mot a-t-il pris, dans notre société, un sens péjoratif ?

A l’heure où tout le monde court, ventre à terre, à la recherche d’un art de vivre, cette philosophie connue de toute antiquité ne fait plus recette.

 

A défaut de m’interroger longuement sur ce phénomène, en bon adepte que je suis, je m’adonne pleinement à mon plaisir : paresser.

 

Voluptueusement étendu sur un édredon gonflé de duvet de canard devant un feu ouvert (à défaut de chaleur solaire), j’écoute le temps s’écouler. Mon corps est alangui, il jouit profondément de son bien être, des ondes de plaisir le parcourent des orteils au cuir chevelu, mon cerveau renonce à ses pensées importunes pour contempler le vide.

 

L’univers se tient coi,

j’accède à la félicité suprême,

je ne fais rien,

je vis.

 

Ces quelques phrases pour vous expliquer mon absence en ces pages dans les semaines qui vont suivre :

j’exerce mon art de l’oisiveté,

je paresse…

août 22, 2008

Parler de “Musique Classique”…

 

 

 

 

Miss Ellen, versez-moi le Thé

Dans la belle tasse chinoise,

Où des poissons d’or cherchent noise

Au monstre rose épouvanté.

 

J’aime la folle cruauté

Des chimères qu’on apprivoise:

Miss Ellen, versez-moi le Thé

Dans la belle tasse chinoise.

 

Là sous un ciel rouge irrité,

Une dame fière et sournoise

Montre en ses longs yeux de turquoise

L’extase et la naïveté:

Miss Ellen, versez-moi le Thé.

 

Le Thé – Théodore de Banville -

 

 

 (Rondel – 1875)  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce poème dont j’aime la volupté décadente, me servira de métaphore pour vous initier à ma façon de concevoir ce blog.

Sans avoir l’air d’y toucher, en gardant une allure digne, résultat de ma bonne naissance et de ma bonne éducation, les deux allant de paire, je me propose de vous révéler ce qui ne peut être dit entre gens de bonne compagnie.

L’interlocutrice de cette Miss Ellen, garante du bon goût, du bon ton, du bon aloi, ce rempart qui protège de l’erreur qui fait basculer dans le “populaire” , sera mon ambassadrice.

 La “musique classique”, autrefois nommée “La Grande Musique” par ceux qui croyaient ne pas y avoir accès, n’est pas nécessairement une appellation concrète désignant un style musical précis lié à une époque bien délimitée.

Non, cette locution prononcée avec un art consommé de l’élocution, les lèvres tendues vers l’avant, la voix déroulée suavement comme un tapis de velours, signe trop souvent l’appartenance réelle ou fantasmée à une bonne société dont les valeurs reconnues englobent Bach, le Génie, le Divin Mozart, le Charme de Chopin (si vous connaissez d’autres épithètes homériques, faites-les moi connaître, svp)

 

 Revenons, je vous en prie, à notre tasse de thé.

Dans le luxe feutré d’un salon raffiné, tout semble n’être que volupté (sorry, Charles) mais à y bien regarder, sous la laque apparaissent des sentiments inavouables.

C’est ainsi que je souhaite parler de “Musique Classique”, sous des apparences lisses et policées, je me propose de lever un coin de ce riche cachemire couvrant le piano, de retirer la couverture de soie qui protège le violon dans sa housse et d’aller plus loin s’il le faut en déshabillant tour à tour sopranos et barytons pour vous montrer enfin l’arrière du décor, celui que fréquentent compositeurs et interprètes, ces AAAArrtiiissttees (oui, Madame la comtesse) qui, même à la scène, restent résolument des travailleurs laborieux.

Composer, jouer, chanter, cela fait transpirer. Les “artistes” mangent, boivent (beaucoup), dorment, copulent (le plus souvent possible), excrètent, éprouvent des émotions, parlent (et de quelle manière ), bref effectuent toutes les opérations qui sont l’apanage du genre humain.

 Foin de mythes religieusement entretenus, je veux de la chair, de la vie, avec tout ce que cela comporte de réalités glorieuses ou triviales.

Ouvrez grand vos oreilles et chaussez vos bésicles, cela va gicler…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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